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Les tiques dures sont des arthropodes hématophages possédant la particularité de devoir se fixer longuement sur l'hôte, avant de pouvoir se gorger, et éventuellement, transmettre des agents pathogènes.
La durée de cette fixation les expose tout particulièrement aux défenses naturelles de l'hôte, et donc au déclenchement de sa réponse immunitaire, quelquefois même à une réponse de type allergique.

Pour plus de clarté, cette page est précédée d'un rappel concernant l'immunité et l'allergie.

Les allergies occasionnées par la morsure d'argasidés sont traitées séparément à la page : Argasidae & pathologies.



Comme toute effraction de la barrière cutanée, la morsure de tique déclenche des phénomènes d'immunité en alertant des cellules de Langherans (DDC). Ce sont cellules clés de l'immunité cutanée, mobiles et autonomes, qui possèdent la capacité de présenter les antigènes (CPA). Ce faisant, elle stimulent la réponse primaire des lymphocytes T, en initiant la réponse immune adaptative aux antigènes qu’elles présentent. Après une stimulation antigénique, elles quittent l'épiderme pour aller vers les ganglions lymphatiques où elles se transforment en cellules dendritiques (DC).

L'interface tique-hôte est donc le siège de réactions immunitaires particulièrement complexes. Dès que l'hypostome pénètre dans l'épiderme, il provoque une inflammation associée à la libération de défensine et de cathélicidine. Ces substances ont la propriété de détruire les bactéries et d'activer le chimiotactisme.
L'agression du derme par l'hypostome provoque par une réaction des fibroblastes qui activent la sécrétion de défensines et de métalloprotéases. Toutefois le rôle des fibroblastes reste très modeste par rapport à la réaction épidermique.

Dans le derme et l'hypoderme sous-jacent, le réseau capillaire se vasodilate et augmente sa perméabilité. Ce qui a pour effet d'augmenter l'afflux sanguin (responsable de la rougeur) et de permettre l'arrivée des basophiles et des mastocytes.

Ces acteurs de l'inflammation, une fois activés, libèrent deux types de médiateurs :
Les premiers libérés de façon instantanée (héparine, histamine, kallicréine), sont responsables de l'immunité innée ; ils provoquent vasodilatation, augmentation de perméabilité capillaire, attraction de polynucléaires, activation du complément etc..
Les seconds sont synthétisés par les mastocytes et basophiles, dès qu'ils ont libéré les substances stockées, ce sont les médiateurs de l'immunité acquise (PAF acéther, interleukine, INF…).
Ils ont pour but de prolonger l'inflammation et d'accentuer la réponse, ce sont les "néoformés". Ils sont potentiellement responsables de la réponse retardée dans l'allergie immédiate. C'est pour cette raison que les basophiles et les mastocytes sont nommés les cellules "starter"de la réaction allergique.

Les polynucléaires éosinophiles sont aussi des cellules clés de l'inflammation allergique.
Ils disposent de tout un arsenal chimique destiné à détruire les intrus. Ces substances semblent avoir un rôle d'amplification des réactions allergiques, avec histaminolibération auprès des mastocytes et basophiles.

L'ambiance cytokinique régnant après l'activation mastocytaire active globalement les Immunite chez hote vertebremastocytes et les basophiles. Elle attire les polynucléaires éosinophiles et inhibe la réponse de type cellulaire dépendant des lymphocytes Th1, au profit d'une réponse d'allergie provoquée par les lymphocytes de type Th2. Dans l'organisme, il existe normalement un équilibre auto-régulé entre ces deux sous populations lymphocytaires.
Les lymphocytes Th1, sécréteurs d'interleukines 2 et d'interféron gamma favorisent une réponse immunitaire à IgG, M, A et cellulaire.
Les lymphocytes Th2 sécréteurs d'interleukines de type 4, 5 ou 13 induisent une réponse à IgE et une inflammation éosinophilique. La réponse de type Th2 favorise une réponse de type allergique.

L'hôte réfractaire déclenche une réponse immunitaire efficace de rejet. Il s'agit d'une réponse cellulaire Th1 au niveau de la morsure. La tique ne peut effectuer son repas sanguin et doit se détacher, ce qui occasionne chez elle une baisse de fécondité et une hausse de mortalité.
L'hôte sensible, lui, ne déclenche pas d'infiltrat cellulaire au niveau du point de ponction, l'examen microscopique du derme montre l'absence de neutrophiles. Les agents pathogènes peuvent aisément se multiplier puis se disséminer...




Toute résistance de l'hôte conduit les tiques à se détacher prématurément et, en conséquence, compromet leur survie et leur reproduction.

Pour subsister, les Ixodidés ont donc été contraints d'élaborer des stratégies pour contrecarrer les défenses immunitaires de l'hôte. Avec leur salive, ils injectent des substances possédant des effets antichimioattractant, antialarmines et antichimiokines.
Ces substances luttent contre les mécanismes de défense de l'hôte: l'hémostase, la dégranulation des basophiles, ainsi que l'adhésion et la fonction inflammatoire des polynucléaires neutrophiles. De fait, elles favorisent par la même occasion la transmission d'agents pathogènes qui pourraient avoir été injectés lors de la morsure [276, 314, 322, 349-351].

Salive et extraits de glande salivaire (SGE) d'Ixodes ricinus

Glande salivaire de tique

Deux protéines diminuant la réponse cellulaire de l'hôte ont été identifiées dans la salive d'Ixodes ricinus qui est la tique la mieux étudiée en Europe.
Ces 2 molécules immunodépressives facilitent le nourrissage de la tique et simultanément la transmission de B. burgdorferi :



IRIS
(pour Ixodes Ricinus Immuno-Suppressor, Seq24/MBP) inhibe les mécanismes de l’hémostase,.limite la proliération des lymphocytes murins. Chez l'Homme, elle supprime la production d'IFN-gamma et d'IL-10 par les lymphocytes T, mais elle semble inefficace pour empêcher cette production par les macrophages [628].

Salp 15
Iric-1 [homologue à la protéine 15-kDa (Iscap Salp15) des gandes salivaires découverte chez I.scapularis] inhibe les cellules dendritiques dont la fonction est de déclencher la réponse immunitaire adaptative [629-631]. Salp 15 empêche la reconnaissance de l'Osp C.

Cependant la modulation des défenses demeure insuffisante pour empêcher totalement l'hôte d'initier une réponse immunitaire, qui peut de temps à autre devenir une réponse de type allergique.


Immunité chez l'animal

Comme le montrent différentes études, dès la première morsure de tique, l'hôte naïf commence à produire des anticorps contre des antigènes salivaires.

Ainsi, l
'infestation répétée de cobayes naïfs par des larves et des nymphes d' I scapularis exemptes d'agents pathogènes, conduit à la réduction de durée du temps de fixation de tiques venant se gorger ultérieurement. Leur poids et leur capacité à transmettre Borrelia burgdorferi sl se réduisent alors sensiblement. L'infestation par des tiques semble donc bien induire la résistance de l'hôte, et réduire la transmission de B. burgdorferi sl [342-344].

Cette résistance de l'hôte contre le vecteur semble aussi être un facteur très important de réduction de la transmission pour l'ensemble des agents pathogènes portés par la tique [345].

Immunité chez l'Homme

Ixodiase (PR Criado)Ch
ez l'Homme, la morsure de tique occasionne fréquemment des réactions locales se traduisant par une simple irritation et un discret gonflement, voire un intense prurit au point de morsure. La cause est évidente.
L'ixodiase passe par contre facilement inaperçue lorsqu'il s'agit de morsures de larves, inframillimétriques, mordant généralement en groupe (lors du contact avec "un nid" qui vient d'éclore). Les multiples morsures de larves provoquent alors une sorte de rash cutané d'autant plus atypique que les tiques ne peuvent être observées qu'avec une forte loupe ou un bon dermatoscope [877].
(Photo PR Criado)


Des réactions plus intenses ont toutefois été décrites, après des morsures d' Ixodes holocyclus, I. pacificus, I. ricinus, I. scapularis, Rhipicephalus sp, Rh. sanguineus et Argas reflexus. Il semblerait qu'elles surviennent plus souvent lorsque les tiques ont été dérangées par les manœuvres de grattage ou de retrait intempestif [489].

Hypersensibilite tiqueAu début, les manifestations d'hypersensibilité sont difficiles à distinguer du phénomène purement histaminique qui disparaît après quelques heures. Cependant le prurit est plus intense, et plus durable. Un œdème peut accompagner la papule et parfois être très important, notamment si la piqûre siège sur le visage.
Les réactions d'allergie immédiate se présentent donc le plus souvent comme une réaction locale étendue, avec une papule pouvant atteindre 3 à 12 cm et persister plus de 24 heures.

Leur fréquence est sans doute sous estimée, puisqu'une étude effectuée dans le nord-est des États-Unis portant sur 1498 habitants a montré que la moitié des personnes relatant une ou plusieurs morsures d'I. scapularis dans l'année précédente, se plaignait de prurit lors d'une nouvelle morsure. Elle a montré aussi que cette sensibilisation par des tiques non infectées diminuait par 3 le risque de se faire infecter par B. burgdorferi lors d'une prochaine morsure [346].

Des réactions de ce type sont régulièrement observées par l'auteur, après des morsures d'I. ricinus, chez les forestiers meusiens. À défaut d'étude, il est possible d'affirmer que le prurit anticipe la découverte de l'acarien et permet son retrait précoce, limitant ainsi le temps de fixation, et par conséquent le risque de transmission d'agents pathogènes.

Deux cas d'allergie survenus en France ont toutefois bénéficié d'un bilan allergologique approfondi, avec prick test et intradermoréaction avec des extraits de corps entiers de tiques (principalement I. ricinus). Des taux d'IgE spécifiques élevés ont été retrouvés dans le sérum des 2 patients, et l'histologie des lésions prurigineuses a confirmé la présence d'infiltrats lymphocytaires, lymphocytes T et cellules de Langerhans [347]. L'allergie à I. ricinus a donc été considérée comme étant la cause la plus probable de ces cas. Toutefois, il ne faut pas négliger la possibilité d'allergie croisées avec d'autres acariens [348].

De rares réactions anaphylactiques sont possibles. Chez l'adulte, des urticaires généralisées ont été décrites, ainsi que des bronchospasmes et des chocs anaphylactiques [349, 350].

A côté de ces réactions d'allergie immédiate, il existe des réactions allergiques retardées. Les papules sont alors plus fermes, toujours très prurigineux, parfois hémorragiques, bulleuses ou nécrotiques. Ces réactions peuvent durer plusieurs jours, voire quelques semaines. Chez l'enfant, un aspect de prurigo est fréquent avec des lésions persistantes, souvent eczématisées ou surinfectées par grattage.
Des formes mixtes associant papule de type immédiat puis lésion chronique sont possibles. Enfin, il est classique d'assister lors d'une nouvelle piqûre à une réactivation du prurit aux points de morsure anciens.


Classification de Molkhou et Pinon

Manifestations cliniques

1. Réaction normale

Papule de 2 cm - oedème discret, légèrement induré, douloureux, entouré d'un érythème - disparition en 2 à 3 heures

2. Réaction allergique
locale étendue


Oedème important atteignant au moins 2 articulations -
durée supérieure à 24 heures

3. Réaction généralisée légère

Urticaire généralisée - prurit - malaise - anxiété

4. Réaction généralisée forte

Un ou plusieurs symptômes du stade précédent associés à au moins 2 des symptômes suivants : oedème de Quincke - nausées - oppression thoracique - vertiges - douleurs abdominales - diarrhées.

5. Réaction généralisée grave

Un ou plusieurs symptômes du stade 4 associés à au moins 2 des symptômes suivants : dyspnée - confusion - dysphagie - dysphonie -
impression de mort prochaine

6. Choc anaphylactique
Un ou plusieurs symptômes du stade 5 associés à au moins 2 des symptômes suivants : cyanose - perte de connaissance - hypotension - syncope - collapsus - incontinence
7. Réactions retardées
Tous les signes rappelant la maladie sérique, les formes neuroencépaliques





L'allergie résulte donc en fait d'une réaction exagérée et inadaptée de l'organisme, vis à vis de son environnement. Elle se détermine par rapport à des séquences protéiques portées par des éléments appelés "allergènes".
Ce qui nécessite que les allergènes aient été préalablement rencontrés et identifiés.

La classification de Gell et Coombs décrit 4 types de réactions d'hypersensibilité, qui sont en réalité le plus souvent plus ou moins imbriqués ( type I immédiate, type II cytotoxique, Type III à immuns complexes, type IV retardée).
Les plus fréquemment observées après une morsure de tique sont les réactions de type I et de type IV.

L'allergie immédiate de type I

La réaction de type I fait appel à une réponse liée à la production d'anticorps de type IgE.
Son déclenchement est redoutable car il s'auto amplifie.
Reponse specifique hummoraleLors du premier contact, les allergènes salivaires de la tique entrent en contact avec le système immunitaire. C'est la phase de sensibilisation. Si l'ambiance cytokinique favorise une réponse de type Th2, il y a fabrication d'anticorps de type E pour les séquences protéiques rencontrées.
Puis cette production d'anticorps se répartit dans tout l'organisme via la circulation sanguine, pour se fixer sur les récepteurs adaptés (RFce) des mastocytes cutanés et des basophiles.
Lors d'une exposition ultérieure, l'allergène entre en contact avec ces cellules porteuses d'anticorps sur leur membrane, et les active. Ces cellules libèrent alors des substances extrêmement nocives et pro-inflammatoires, qui à leur tour, activent et attirent en masse les polynucléaires éosinophiles dans le tissu lésé. De plus, elles entraînent une réponse de type allergique des cellules présentatrices d'antigènes.

L'allergie retardée de type IV

La réaction de type IV fait uniquement appel à la réponse cellulaire, elle se rencontre notamment dans l'eczéma.
Reponse specifique a mediation cellulaireLors du premier contact l'allergène se fixe sur les cellules de Langherans, qui remplissent leur rôle de CPA en allant le présenter aux lymphocytes dans les ganglions satellites. Si le climat cytokinique oriente vers l'allergie, les lymphocytes mémoires vont venir peupler tous les ganglions de l'organisme et demeurer en veille.
Lors d'un deuxième contact, la substance allergisante se fixe à nouveau sur les cellules de la peau, qui appellent à nouveau les lymphocytes circulants. Les lymphocytes mémoires reconnaissent l'allergène et migrent alors à l'intérieur de la peau pour les détruire, en créant des lésions vésiculeuses intradermiques. Le délai d'apparition des lésions cutanées se situant dans les 48 à 72 heures, on parle d'allergie retardée. Iconographie :
Exposé des différentes voies d'immunité impliquées dans les interactions complexes tiques-vertébrés-micropathogènes (K.McCoy, V. Staszewsky)


 



Les tiques sont, après les moustiques, les principaux vecteurs de maladies humaines et vétérinaires au monde. Elles sont vectrices de nombreux agents pathogènes occasionnant d'importants dommages, tant en médecine humaine que vétérinaire.

À l'exception de rares vaccins, la prophylaxie repose exclusivement sur les acaricides. Cependant leur utilisation est limitée par le coût, la résistance des acariens et les risques de contamination de l'environnement et de la chaîne alimentaire.

Dans sa thèse Rôles de la protéine Iris dans l'accomplissement du repas sanguin de la tique Ixodes ricinus, P Prévot a analysé l’importance d’Iris au cours du repas sanguin de la tique. Les résultats qu'il a observés indiquent que 30 % des tiques nourries sur des lapins immunisés par la protéine rIris ne survivent pas au repas [632].
L'immunisation des hôtes potentiels contre la salive de différentes espèces de tiques représente donc une solution séduisante.
Un vaccin contre une protéine réceptrice de surface membranaire de cellule d'intestin de tique a déjà été testé avec succès en Australie sur du bétail. Son efficacité devrait être améliorée s'il contenait plusieurs anticorps dirigés contre des antigènes de l'intestin et des glandes salivaires. Pour y parvenir, il est nécessaire d'identifier les molécules clés impliquées dans la médiation de rôles physiologiques indispensables.



Dernière mise à jour : le 20 08 2010
Remerciements à K. McCoy, V. Staszewski
et à N. Boulanger

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