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L'exposé d'A. Mailles aux 7èmes Journées internationales d'infectiologie (diapo ci-dessous), montre que
87 % des encéphalites demeurent encore sans étiologie identifiée.

L'absence d'identification de l'agent pathogène peut s'expliquer de 3 façons:

  1. cet agent est inconnu,
  2. il est connu, sans être recherché,
  3. il est connu, mais les tests diagnostiques nécessaires ne sont pas disponibles.


De nombreuses maladies vectorielles à tiques peuvent provoquer une méningo-encéphalite.
Il est très probable qu'elles sont largement sous-diagnostiquées pour les raisons énoncées ci-dessus.
Outre le virus de la méningo-encéphalite à tiques (TBEV) , d'autres arbovirus moins connus tels que Erve, Eyach, les membres du groupe Kémérovo peuvent être impliqués...
Les virus Congo-Crimée, ou West-Nile pourraient aussi émerger dans le sud de la France.
Les bactéries ne sont pas en reste, surtout avec
Borrelia burgdorferi sl qui provoque de fréquentes neuroborrélioses, mais aussi avec les Coxiella, Bartonella, Rickettsia, Anaplasma...

L'étude Encéphalites 2007 vient d'être réalisée pour tenter d'identifier les agents pathogènes

Son but était triple :

  1. estimer l’incidence des encéphalites en France métropolitaine et en décrire l’étiologie et les caractéristiques épidémiologiques, cliniques et biologiques
  2. constituer une biothèque à des fins de recherche ultérieure innovante ;
  3. étudier le devenir clinique et psychosocial des patients à court et moyen termes.

Cependant l'ensemble des pathogènes n'a pas été envisagé, notamment parmi les arboviroses...

253 patients ont été inclus parmi lesquels 227 adultes et 26 enfants. Les patients étaient âgés de 1 mois à 89 ans avec un sexe-ratio de 61 % en faveur des hommes.
Les informations provenaient de 106 services de 62 hôpitaux.

Une étiologie a été retrouvée chez 131 patients soit 52 % des cas :
HSV : 42 %, VZV : 15 %,
Mycobacterium tuberculosis : 15 %, Listeria monocytogenes : 10 %.


Avec l'alerte aux virus H5N1, Chikungunya à la Réunion, rougeole en Westphalie, West Nile sur le pourtour méditerranéen ou celle au méningocoque en Seine Maritime, il devient essentiel d'identifier rapidement la cause précise des infections neuro-méningées.

Cependant cette mission s'avère particulièrement complexe en raison des dizaines d'agents, plus ou moins pathogènes, plus ou moins fréquents, plus ou moins épidémiques, pouvant occasionner des méningo-encéphalites. Certains sont accessibles à une thérapeutique, d'autres non :

La conduite à tenir varie donc énormément en fonction du type d'infection, de sa gravité, de sa fréquence, de son potentiel épidémique, du risque d'émergence, des coûts de soins occasionnés et du risque pour la Santé publique.

En conséquence, les émergences de ce début de XXIe siècle imposent une nouvelle démarche diagnostique, tenant compte de la hiérachisation des risques.

C'est ce que vient de proposer la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française avec un concensus d'aide décisionnelle “Pour une bonne pratique de la prise en charge diagnostique des encéphalites en France” (SPILF, janvier 2006) [402].


tubes de LCR
La démarche proposée tient compte de l'incidence des agents pathogènes, de leur implication dans les méningo-encéphalites, de l'urgence thérapeutique, et du potentiel épidémique.
Elle comprend 3 étapes diagnostiques successives visant à améliorer la qualité des pratiques.
Les maladies impliquant potentiellement les tiques sont imprimée
s en bleu.



Première étape diagnostique
Le diagnostic d’encéphalite étant porté, un premier niveau de recherche étiologique doit être immédiatement mis en oeuvre. Il est fondé sur sur la fréquence et l’urgence thérapeutique et comporte :

• l'examen bactériologique standard du liquide céphalorachidien (LCR).
• une sérologie VIH rapide.
• Trois PCR sur le LCR :

  1. HSV 1 et 2. Afin d’éliminer avec certitude une encéphalite à HSV, en cas de
    négativité de la première PCR, il faut en réaliser une deuxième au 4e jour au plus tard après le début des symptômes.
  2. VZV.
  3. Mycoplasma pneumoniae (complétée par des sérologies à J0 et J15).



Deuxième étape diagnostique
La négativité des examens du premier niveau appelle une seconde ponction lombaire (PL). En premier lieu, elle est destinée à éliminer définitivement le HSV.
Elle devrait également comporter les recherches suivantes :

• Sérologie TBEV (LCR ou sérum)
• Mise en culture pour BK
10 PCR sur le LCR

  1. Entérovirus,
  2. CMV,
  3. EBV,
  4. Adenovirus,
  5. HHV6,
  6. Chlamydia sp,
  7. Listeria
  8. Borrelia burgdorferi sl,
  9. Coxiella burnetii,
  10. Bartonella sp,

Un échantillon du deuxième prélèvement de LCR doit être conservé, afin de réaliser le troisième niveau diagnostic si les hypothèses précédentes s’avèrent négatives...

 


Troisième étape diagnostique

Cryptococcus sp (examen direct du LCR)
• Influenza A et B,
• Tropheryma,
• Parainfluenzae,
• Rougeole,
• Rubéole,
• Oreillons,
• Toscana,
• Sérologie LCMV,
• PCR LCR virus JC,
• Parechovirus,
Rickettsia sp,
Anaplasma phagocytophylum,
• West Nile.


Selon les circonstances épidémiologiques ou la symptomatologie...

... Il est licite d’effectuer individuellement certaines recherches plus tôt qu’elles ne sont recommandées dans le processus décisionnel. Ce peut être une recherche de Chikungunya ou de West Nile dans un contexte d'épidémie, voire de TBEV pour un patient exposé en zone d'endémie.

... En cas de suspicion de maladies sexuellement transmissibles (MST), ce sont la syphilis et le VIH qui seront recherchés.

... En cas de décès ou en cas de contact avec une chauve souris penser à la rage, même en France.

... De retour de voyage en zone endémique, un certain nombre de PCR peut être envisagé en troisième ligne : Nipah/Hendra, Encéphalite japonaise, Dengue, Chikungunya, arbovirus rares selon les régions visitées ou si l'on a connaissance d’une épidémie sur le lieu de séjour.


Quelques bactéries et arbovirus transmis par la morsure de tique peuvent être impliqués [299, 338, 403].
Ils appartiennent le plus souvent aux mêmes familles que les pathogènes européens.

Les Borrelia des fièvres récurrentes doivent être envisagées en plus des autres bactérioses.
Différents arbovirus aussi :
• Alkhurma (Moyen Orient),
• Bhanja (Pourtour méditerranéen, Afrique, Asie),
• Colorado Tick Fever et Deer Tick virus (Etats-Unis),

• Congo-Crimée (Afrique, Moyen Orient, Est de l'Europe)
,
• Dhori (Russie, Portugal)
• Eyach, Erve ou Groupe Kémérovo (Complexe Tribec-Kémérovo-Lipovnik) (Europe),
• Kyasanur Forest (Inde),
• Langat (Malaisie, Thailande),
• Louping ill (Iles britanniques),
• Négishi (Japon),
• Omsk (Sibérie),
• Powassan (Etats-Unis, Canada, région de Primorskiy en Russie),
• Thogoto (Afrique, et peut-être Italie et Portugal)
• Tettnang (Slovaquie, Tchéquie)
• Tribec (Europe)
• West Nile
(Ouganda).

 

Tableau synoptique des Arboviroses transmises en France
Tableau synoptique des arboviroses exotiques

Un dossier diagnostic d’une encéphalite ne devrait
être clos qu’à la fin de ces explorations.


 

Dernière mise à jour : le 06 11 2008

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