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"Malheureusement, les signes des maladies infectieuses sont presque tous les mêmes : fièvre, maux de tête, agitation ou stupeur, éruption. Seuls leur groupement, leur succession, une observation minutieuse ont pu, après de longs tâtonnements, permettre d'établir des tableaux symptomatiques particuliers et les distinguer entre eux." Charles Nicolle

Aucun traitement autre que symptomatique, ne peut être proposé avant l’établissement du diagnostic de certitude.
Toute fièvre inexpliquée prolongée nécessite donc la réalisation d’une enquête étiologique.

Cette enquête comprend en premier lieu l’interrogatoire et l’examen clinique du patient. L'examen doit être scrupuleux, et même répété à plusieurs reprises si besoin, afin de détecter dès son apparition, le moindre indice susceptible d’orienter l’enquête.
Muni d’un faisceau d’éléments cliniques et anamnestiques une première série d’examens complémentaires sera entreprise. Sous réserve que l’état du malade ne nécessite pas une hospitalisation d’emblée.

Après quelques jours d'évolution, la survenue d'un érythème orientera quelquefois la recherche du clinicien vers une rickettsiose, surtout si elle est accompagnée par la fameuse "tache noire".
Une fièvre biphasique associée à un syndrome méningé évoquera une arbovirose, et en tout premier lieu, une encéphalite européenne à tiques.
Voir arbre décisionnel devant un syndrome méningé [303].
& Diagnostic des méningo-encéphalites


Fièvre isolée prolongée

Une fièvre isolée prolongée se caractérise par une durée de plus de 3 semaines, avec des pics fébriles supérieurs à 38,3°C, sans qu'une quelconque étiologie n'ait pu être établie après la réalisation des différents test biologiques et diagnostiques.
Toutefois ce délai est porté à une semaine dans le cadre d'une enquête clinique et paraclinique de routine pratiquée au cours d'une hospitalisation, ou "d'investigations appropriées menées à titre externe"...

La nécessité d'identifier la pathologie en cours doit faire évoquer un certain nombre de maladies rares ou inhabituelles.
Une enquête hospitalière réalisée au centre hospitalier de Valence sur 144 cas en 5 ans, a montré que 3/4 des cas pouvaient être élucidés. Cette étude distingue 4 catégories de fièvres, selon qu'elles sont consécutives à une infection (30,8 %), une inflammation (35,5 %), un cancer (13,1 %), ou à une "autre cause" (22 %) [397].
Cependant beaucoup de fièvres disparaissent avant la fin des investigations.

Caractéristiques générales des fièvres prolongées :
Les infections bactériennes les plus fréquentes sont les sinusite, la fièvre Q, les endocardites.
Les infections virales sont le plus fréquemment en rapport avec l'EBV ou le CMV. Elles surviennent le plus souvent chez l'enfant.
Les pathologies inflammatoires dominent chez les personnes âgées.
Les fièvres les plus fréquentes lors d'un retour de voyage exotiques sont le paludisme et la dengue.

 

Diagnostic biologique d'une fièvre isolée et prolongée

Le CMIT (Collège des Universitaires de Maladies Infectieuses et Tropicales ex APPIT ) préconise de réaliser systématiquement le bilan initial suivant:

L’intérêt de ce bilan est de dégager deux grands types d’inflammation (tableau 1):

Tableau 1

TYPE I

TYPE II

VS

>80mm

Normale ou modérément augmentée

C Reactive Protein

> 2 fois la norme

Normale ou modérément augmentée < 2 fois la norme

Polynucléaires neutrophiles

Normaux ou augmentés

Normaux ou abaissés

Plaquettes

Normales ou augmentées

Normales ou abaissées

Electrophorèse des protéines alpha 2

> 2 fois la norme

Augmentées mais
< 2 fois la norme

Gamma globulines

Normales

Augmentées

Tableau 1 : Types de syndromes inflammatoires

Il arrive cependant que l’un des paramètres soit dissocié. L’association des différents paramètres doit alors être considérée pour classer le syndrome inflammatoire en type I ou en type II. Les rickettsioses présentent la particularité d’échapper à cette classification : les bactéries intracellulaires strictes provoquent un syndrome inflammatoire de type II, mais la vascularite qu’elles peuvent occasionner provoque une inflammation de type I.


Diagnostic

FièvreSi l’on excepte la fièvre Q et la tularémie, les maladies liées aux morsures de tiques se rencontrent essentiellement de mai à octobre. Le diagnostic différentiel  doit donc envisager les différentes étiologies possibles des fièvres prolongées, notamment l’ensemble des agents infectieux susceptibles de déclencher un syndrome grippal estival :

Les adénovirus et virus para-influenza sont présents toute l’année, ils touchent principalement les nourrissons et les enfants dans un contexte épidémique et ne présentent pas de difficulté diagnostique. Les herpes virus et les picornavirus (dont les coxsackievirus) par contre, sont susceptibles de poser un réel problème diagnostique.
Les zoonoses transmises par les rongeurs ne doivent pas être négligées non plus, notamment la leptospirose et la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR). Elles concernent les personnes appartenant approximativement aux mêmes groupes à risque, et leur tableau clinique présente de nombreuses similitudes avec les pathologies liées aux tiques.

 

ForêtPlus de 50% des cas de borréliose de Lyme ne se souvenant pas avoir été mordus par une tique, l'absence de souvenir de morsure ne doit pas suffire à éliminer cette hypothèse. En conséquence, dans les régions très boisées, l’ensemble de la population doit être considérée comme étant à risque d'être mordue par une tique. Une maladie vectorielle à tique doit donc être suspectée devant tout syndrome grippal estival inexpliqué.

Le pronostic de la babésiose et des rickettsioses au sens large est conditionné par la précocité de la prise en charge thérapeutique. Il est de ce fait nécessaire d’adapter le bilan biologique initial aux impératifs de rapidité. Si l'on tient compte des études prospectives mettant en évidence une fréquence importante de co-infections:

Ce bilan devrait comprendre  [282,512]:

Bien que sa pathologie vectorielle à tiques diffère sensiblement, on se rapportera très utilement au concensus d'aide décisionnelle pour une bonne pratique de la prise en charge diagnostique des borréliose de Lyme, anaplasmose granulocytaire humaine et babésiose au Etats-Unis (IDSA, novembre 2006) [404].

Bilan biologique initial

Numération formule sanguine et transaminases 

Une thrombopénie (<150 Giga/L), une neutropénie (<3,5 Giga/L), une élévation de la créatinine sanguine ou une élévation modérée des transaminases sont souvent associées aux rickettsioses. Par élévation modérée des transaminases on entend un taux d’ASAT supérieur 50UI/L, mais restant inférieur à 10N. Une seule, ou plusieurs, de ces anomalies doit faire suspecter une infection par des Rickettsiaceæ et motiver les prélèvements de seconde intention.

Le frottis sanguin 

Le frottis doit être préféré à la pratique de la goutte épaisse qui occasionne de nombreux artéfacts.
À condition que les germes soient suffisamment abondants pour être observés, l’examen d’un frottis sanguin peut mettre en évidence un certain nombre d’agents pathogènes et permettre un diagnostic de certitude rapide et à moindre coût :
la présence de morulæ dans les polynucléaires neutrophiles pour l’anaplasmose granulocytaire humaine (image de gauche), ou les lymphocytes pour l’EMH, lors de la première semaine de l’infection,
la présence de parasites intra-érythrocytaires, en cas de babésiose (image de droite).

Morulae anaplasmose humaine

 






Sérologie de borréliose de Lyme

L’approche la plus économique fait l’objet d’un consensus, elle consiste à pratiquer en premier lieu un test ELISA (ou un test ELFA donnant un index global IgG+IgM).
Certains laboratoires préfèrent maintenant réaliser des tests rapides détectant les IgM et IgG par immunochromatographie ; ces tests sont réalisés en 10 minutes, mais ils ne représentent pas tous un progrès, en termes de sensibilité et de spécificité.


Prélèvements diagnostiques de seconde intention

Borréliose de Lyme

Le suivi sérologique doit être proposé en fonction de la clinique :

un patient fébrile séronégatif devra bénéficier d’une seconde sérologie à 3 semaines.

si le test est positif ou limite, il devra être confirmé par Immunoblot IgG et IgM, en raison de l’existence de nombreuses réactions croisées non spécifiques.

Les réactions croisées entre les différentes espèces de Borrelia sont généralement suffisantes pour que le diagnostic sérologique soit possible. Cependant chez certains patients, même avec des infections chroniques, on peut observer une réponse très spécifique à une seule espèce. Dans ce cas actuellement n’importe quel test sérologique peut être pris en défaut, étant donné que tous sont fabriqués à partir d’une seule espèce.

En cas de forte suspicion clinique de borréliose de Lyme, il faut alors effectuer un Immunoblot avec les 3 espèces (auxquelles il faudra peut-être intégrer une quatrième : B. valaisiana). Si la sérologie reste négative au-delà de 3 semaines, en l’absence de toute prise d’antibiothérapie, il faut évoquer une autre pathologie.

Rickettsioses

Outre les fièvres inexpliquées associées à une neutropénie, une thrombopénie ou une élévation des transaminases, D. Raoult (Centre National de Référence des Rickettsioses, Marseille) préconise aussi une recherche systématique de rickettsioses devant [244] :

Rickettsioses éruptives

Une biopsie de peau prélevée sur une lésion peut aussi être adressée congelée au laboratoire pour culture et PCR, ainsi que 2 sérums à 7 jours d’intervalle, pour test par immuno-fluorescence.

Ehrlichioses et anaplasmose granulocytaire humaine

En plus du frottis sanguin non coloré, adresser un flacon de sang prélevé sur EDTA pour culture ou PCR et 2 sérums à 7 jours d’intervalle pour test par immunofluorescence.

Examen de la tique

Lorsqu'elle est possible, l'identification de la tique vectrice revêt un caractère capital dans l'orientation diagnostique. Cependant cette tâche est loin d'être évidente, a fortiori pour les stases pré-imaginales, même si l'on est muni des clés d'identification.
Si la tique a pu être récupérée, il est préférable de l'adresser sans tarder à centre spécialisé qui pourra l'identifier et l'exploiter. Elle devra être conditionnée dans un tube sec où l'on aura pris soin de placer un coton humide, afin de la maintenir en vie.

Adresse des différents CNR concernés par les maladies vectorielles à tiques

Chaque espèce de tique est susceptible de transmettre plusieurs agents pathogènes, quelquefois même simultanément.
À elle seule, la France métropolitaine en possède une dizaine d'espèces pouvant se fixer sur l'Homme.
De nombreux laboratoires sont donc impliqués dans le diagnostic des maladies vectorielles à tiques, en fonction de leurs centres d'intérêt.
Pour ces différentes raisons, il est quelquefois difficile de s'adresser directement au “bon interlocuteur”. Le tableau ci-contre a pour but de faciliter le choix du laboratoire compétent dans le domaine exploré. Les prélèvements devant être accompagnés d'un minimum d'informations épidémiologiques, il vous est possible d'imprimer les fiches de renseignements nécessaires.

 



le tableau récapitulatif ci-contre ne reprend que les grandes lignes du diagnostic.
Pour plus ample information, il est possible de rapporter aux pages "Pathologie", où le sujet est envisagé en détail.

 

 

arbre décisionnel devant un syndrome grippal estival

 

Dernière mise à jour : le 30 10 2008

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