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Le genre Rickettsia se compose à ce jour de 24 espèces et de dizaines de souches encore mal connues. La majorité de ces bactéries est associée à une tique qui leur sert de vecteur et souvent de réservoir. Les autres sont vectorisées par des poux, des puces ou des thrombiculidés.
Parmi les 16 rickettsioses connues actuellement, plusieurs ont d'abord été considérées comme étant non pathogènes pour l'homme. On supposait aussi à tort que chaque rickettsiose se cantonnait à un seul continent.
Les
Rickettsia sont à l’origine de bon nombre de maladies émergentes, potentiellement mortelles. À n'en pas douter, de nombreuses pathologies inexpliquées résultent encore de rickettsioses méconnues [61,716].
En conséquence, toute Rickettsia isolée chez une tique se fixant sur l'homme doit a priori être suspectée d'être pathogène.


Historique

Les Rickettsia ont longtemps été considérées comme des virus. Ce sont en fait de très petites bactéries qui nécessitent des milieux de culture cellulaireet qui présentent de fortes réactions sérologiques croisées entre elles ; ces raisons expliquent en partie les grandes difficultés que les scientifiques ont longtemps rencontrées pour les classer.
L'"État actuel des connaissances sur les rickettsioses" qu'en présentait M. Baltazard au Congrès de médecine de Ramsar est à ce propos particulièrement édifiant (Octobre 1956) [824].

Pour ces différentes raisons, il a fallu attendre ces dernières années pour que les progrès des techniques de laboratoire autorisent des avancées significatives.
En 1986, 8 rickettsioses seulement étaient cliniquement reconnues. Onze ont été identifiées de 1984 à 2004 [61, 329]. Parmi les espèces Arbre phylogénétique des Rickettsiaedécrites R. helvetica [62,63,64], R. slovaca (isolée en 1968 en Slovaquie) pour laquelle la pathogénicité humaine n'a été démontrée que récemment [63], R. sibirica monglotimonae [615], R. massiliae [615] .
De nouvelles espèces continuent à être découvertes, la dernière en date dans l'été 2008, R. raoultii [614] transmise par les Dermacentor marginatus et D.reticulatus, occasionne des lésions Tibola-like.
Arbre phylogénétique des Rickettsiae Mediannikov OY, Emerg Infect Dis. 2004.

 

Bactériologie

Les Rickettsiæ sont de très petites bactéries (0.3 µm de diamètre x 1 à 2 µm de long), parasites cellulaires stricts, possédant une structure de paroi proche de celle des bactéries à Gram négatif. Cependant, elles sont mal, voire pas du tout, colorées par cette technique et nécessitent le recours à la coloration de Gimenez. Toutes sont attachées à des vecteurs hématophages.

On les divise en deux groupes distincts :



    le groupe des typhus (Typhus Group : TG), transmis par les déjections des poux et des puces (R. canada exceptée).
    (photo de pou de corps :Pediculus humanus var. corporis).

     

    Dermacentor variabilis le groupe des fièvres pourprées (Spotted Fever Group : SFG), transmis par les tiques à l’exception de R. akari.
    (Image : Dermacentor variabilis, vecteur principal de la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses.).
    On parlait jadis de groupe boutonneuse-pourprée, qui distingait les éruptions boutonneuses des pourprées (ecchymotiques).

Physiopathologie
Les Rickettsiæ se multiplient fréquemment à leur point d’inoculation pour donner une escarre. Leur tropisme pour les cellules endothéliales des petits vaisseaux sanguins explique l’apparition de vascularite, d’inflammation péri-vasculaire et de thrombose. La conséquence de ces atteintes se traduit par l’apparition d'un purpura autour des lésions capillaires ; les périvascularites provoquent les atteintes viscérales : gangrène de peau et des tissus, signes encéphalitiques [535].

Taxonomie
Les outils moléculaires ont permis à S. Dumler de réviser l'ordre des Rickettsiales, qu'il définit ainsi :
" Courts bacilles ou diplocoques ou bactéries de forme coccoïde, à Gram négatif, retenant la fuchsine basique lorsqu'elles sont colorées par la technique de Gimenez, colorables par le Giemsa, immobiles et dépourvus de flagelle, non cultivables sur milieux inertes, parasites intracellulaires des vertébrés, des arthropodes ou des helminthes. Les arthropodes et les helminthes jouent souvent un rôle de vecteur.
A l'exception du genre Wolbachia, ces micro-organismes peuvent être responsables de maladies chez l'homme et chez les animaux vertébrés."
[Rickettsiales Gieszczykiewicz 1939 (Approved Lists 1980) emend. Dumler et al. 2001].
De fait les Rickettsiales sont maintenant réduites à 2 familles:
Les Rickettsiaceae comprennent les genres Rickettsia et Orientia, leurs représentants se multiplient à l'état libre dans le cytoplasme des cellules.
Les Anaplasmataceae comprennent les genres Anaplasma, Ehrlichia, Neorickettsia et Wolbachia leurs représentants se multiplient au sein d'une vacuole intracytoplasmique.

O. tsutsugamushi est désormais exclue des Rickettsiales.
Elle est transmise exclusivement par les larves hexapodes de trombiculidés (Leptotrombidium deliense) et occasionne le typhus des broussailles (scrub typhus), endémique dans l'est asiatique et l'ouest de l'Océanie.

Coxiella burnetii et les Bartonella spp. ont aussi été exclues de l'ordre des Rickettsiales.
L'étude de la fraction 16S de l'ARN ribosomal, permet de reclasser Coxiella burnetii près de Legionella, Wolbachia persica et Francisella tularensis, dans la sous-division gamma des Proteobacteria).
Les Bartonella spp. sont maintenant classées dans la sous-division des alpha 2 Proteobacteria.


Epidémiologie

Les tiques sont à la fois le vecteur et le réservoir des Rickettsia qui sont transmises de génération en génération par voie transovarienne.
En conséquence, la répartition géographique de chaque espèce de bactérie est superposable à celle de son (ses) vecteur(s).
La répartition saisonnière de la maladie transmise est le reflet fidèle du cycle de d'activité de l'espèce de tique réservoir. Pour plus de détails se rapporter au chapitre les tiques.

La connaissance du lieu de résidence du patient, la notion de voyage récent, l'espèce de tique et la saison où est survenu l'épisode infectieux représentent autant de précieuses informations, orientant le diagnostic.

En France métropolitaine différentes espèces Rickettsia peuvent être rencontrées:

Le pouvoir pathogène de nombreuses espèces de Rickettsia demeure encore inconnu,
par exemple, celui de R. belii, "R. hulinii", R. montanensis, R. rhipicephali, R. thailandii, IRS3, IRS4... [236 - 238].
Ainsi, devant toute fièvre inexpliquée, il convient d’envisager systématiquement une sérologie de rickettsiose, même en hiver. Surtout dans les régions situées sur le trajet de la branche occidentale du système de migration des oiseaux se rendant de la région paléarctique vers la région afrotropicale, où nous ne sommes pas à l’abri d’une rickettsiose importée.

Dans les DOM TOM :

En Europe

En Allemagne, une étude séroépidémiologique réalisée en février 2006 chez 286 chasseurs de la région de Dortmund montre que les rickettsioses n'y sont pas rares puisque 18 se sont avérés positifs. Deux d'entre eux possédaient des anticorps spécifiques contre R. helvetica et 6 contre R. aeschlimannii, alors qu'aucun n'avait voyagé dans les 5 ans précédant l'étude [635].

En Espagne, les Rickettsia du groupe SFG sont les pathogènes les plus fréquemment trouvés ches les tiques, leur présence a été retrouvée chez 48 des 97 D. reticulatus examinés [638].

En Hongrie,
la présence de R.helvetica a déjà été signalée chez I. ricinus en 2005 [640],

Dans le Nord Est de l'Italie les rickettsies sont largement présentes avec une prévalence plus importante chez les I. ricinus du centre de la région, en 2006 elle s'élevait à 6,1%.
Il s'agissat surtout de R. helvetica, de R. monacensis; des séquences de R. limoniae ont été obtenues chez les tiques de la zone alpine [637].

Aux Pays-Bas
entre 2005 et 2006, le taux d'infestation d'I. ricinus par R.helvetica s'élevait à 24.7 % et RpA4 (R. raoultii) chez les Dermacentor spp. à 14 % [639].

En Pologne, l'enquête réalisée d'avril 2005 à août 2007, a montré qu'un tiers des tiques collectées était porteuses de Rickettsia sp. R. raoultii notamment, a été isolée chez 18.2% des I. ricinus et 56.7% des D. reticulatus. L'ADN de R. helvetica et R. slovaca n'a été retrouvé que chez I. ricinus, selon les régions dans 2 à 8 % des tiques [664] . Environ 3 % des nymphes et 11 % des I. ricinus en seraient porteurs [690]. R. helvetica infecterait 10% des D. reticulatus en Croatie sans qu'il ne soit possible pour l'instant de préciser la compétence du vecteur [646].

En Suède R helvetica a été identifiée en 1999 [585] , une enquête menée sur 236 sérums de suédois suspects de maladies à tiques montre que 9 d'entre eux possèdent des anticorps contre R. helvetica, contre un seul dans le groupe témoin contitué de 161 donneurs de sang. Elle conclut que la rickettsiose à R. helvetica doit être envisagée dans le diagnostic des maladies à tiques, y compris en co-infection la borréliose de Lyme [728].

En Suisse la prévalence des Rickettsia sp était à 12 % chez les tiques à jeun contre 36 % chez celles collectées sur les animaux (N= 2 073 Ixodes spp). Elle était plus importante sur les tiques prélevées sur les chats que sur celles collectées sur les chiens. Comme son nom l'indique R. helvetica a été isolée initialement en Suisse en 1979 [643], c'est l'espèce qui y est la plus fréquemment observée, la présence de R. monacensis est plus anecdotique. La méthode Taqman PCR en temps réel n'a toutefois pas permis de détecter R. helvetica dans le sang analysé des 884 chiens, 58 renards, ni des 214 humains suspectés de rickettsiose [727].


Distribution géographique des Rickettsia du groupe SFG

Distribution géographique des Rickettsia du groupe SFG de l'ancien Monde
[268] Parola P, Emerg Infect Dis. 2001 ; 7 (6) : 1014 - 1017.

 


Pour plus d'information :
Multicenter GeoSentinel analysis of rickettsial diseases in international travelers, 1996–2008. Jensenius M et al.[792].
Update on tick-borne bacterial diseases in Europe. Socolovschi C [828].


Manifestations cliniques

Eruption SFG

On emploie le terme de rickettsioses pour l’ensemble des maladies causées par les bactéries de l'ordre des Rickettsiales, et inoculées par des arthropodes. Ces maladies ont une incubation moyenne de 6 à 10 jours. Généralement, elles se déclarent par un intense syndrome grippal associant une fièvre élevée d’installation brutale, avec parfois céphalées, arthralgies, myalgies, nausées, vomissements. Non traitée, cette fièvre peut durer plusieurs semaines avec des céphalées, des malaises, un état de prostration (tuphos). Photo CDC.

Tache noireUne éruption cutanée maculeuse, maculo-papuleuse, voire vésiculeuse, apparaît souvent vers le 5ème jour d'évolution. D’abord limitée au tronc, elle peut se généraliser. L’observation de cette éruption oriente a priori vers une rickettsiose ; surtout si elle est associée à la découverte d'une escarre d'inoculation (cette tache noire est très fréquente, excepté dans la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses), ou si le patient relate une morsure d'arthropode survenue dans une zone d'endémie.

Des complications graves peuvent survenir, elles incluent défaillance rénale, purpura fulminans, pneumopathie sévère, gangrène...
La rapidité de mise en oeuvre du traitement contribue pour beaucoup à réduire la sévérité de l'atteinte.

Trois rickettsioses se singularisent par leur clinique.

  1. Deux européennes causées à la saison froide par R. slovaca (Tibola/Debonel).
  2. au printemps par R. sibirica subsp mongolotimonae (LAR).
  3. L'autre africaine semble être une infection bénigne, elle se caractérise par des adénopathies, et des escarres multiples.


Orientations diagnostiques
L'espèce de tique, sa provenance géographique, orienteront autant le diagnostic que le type de lésions constatées et la symptomatologie :

La réalisation d'un bilan biologique initial durant la première semaine d'évolution, permet le plus souvent d'observer une leucopénie, une thrombopénie ou une élévation modérée des transaminases. Ces anomalies, très évocatrices, orientent vers les sérologies de seconde intention, qui confirmeront le diagnostic.



Diagnostic

Le diagnostic de rickettsiose repose d'abord sur des données cliniques et surtout épidémiologiques (saison, séjour en zone d'endémie, espèce de tique vectrice, chien, profession).

La détection des anticorps spécifiques est habituellement possible après 2 à 3 semaines d’évolution de la maladie. Il n'existe que très peu de réactions croisées avec des espèces non-rickettsiennes. D'ailleurs, la réaction de Weil-Felix mettait à profit l’existence de réactions croisées de trois souches de Proteus pour utiliser comme antigènes ( P. vulgaris OX2, P. vulgaris OX19 et P. mirabilis OXK).
De fortes réactions croisées sont, par contre, fréquentes entre les différentes espèces de Rickettsia ; il est d’ailleurs possible que ces réponses sérologiques soient accompagnées d'une séro-protection croisée [66]. L'isolement du germe ne se faisant pas en routine, le diagnostic de certitude suppose la mise en évidence de ces anticorps. Le sérodiagnostic de rickettsiose repose sur la fixation du complément, et sur l'immuno fluorescence-IgM qui est plus précoce. Concernant l'interprétation des résultats, il est nécessaire de rappeler qu'en zone d'endémie, les sérologies positives sur un seul sérum peuvent témoigner simplement de l'existence d'une cicatrice sérologique.


Les sérums doivent être testés en fonction de l'origine géographique du prélèvement (Europe, Asie, Amérique ou Afrique). C'est la raison pour laquelle ils doivent toujours être accompagnés par une fiche de recueil des renseignements épidémiologiques et cliniques (fiche établie par le CNR des Rickettsia ; d'autres fiches sont aussi disponibles sur son site http://ifr48.timone.univ-mrs.fr/Fiches/.
Ces sérums sont quantifiés en IgG et IgM.



Seuils de positivité utilisés au CNR des Rickettsia (Marseille) :
* Fièvre boutonneuse méditerranéenne (Rickettsia conorii) : IgG > 128 et IgM > 64
* Infections à R. africae et R. slovaca : IgG > 64 et IgM > 32
* Autres rickettsioses : IgG > 64 et IgM > 32

Il est recommandé d'adresser un second sérum à 10-15 jours d'intervalle du premier, afin d'objectiver une ascension des titres, ou une séroconversion.

Le diagnostic peut être confirmé par PCR ou par immunohistochimie [398].

Le traitement spécifique doit être instauré sans tarder, afin d’éviter toute issue fatale [67].



Traitement

Les Rickettsia sont des bactéries intra cellulaires strictes. Elles ne sont sensibles qu'aux antibiotiques à bonne pénétration intracellulaire : tétracyclines, fluoroquinolones, macrolides (josamycine), azalides (azithromycine) et rifampicine. Un cas de fièvre à tique africaine vient d'être traité avec succès par pristinamycine [697].
Si l'on excepte la résistance naturelle de R. massiliae et R. raoultii à la rifampicine (gène rpoB), aucune résistance n'est décrite jusqu'à présent.
En l'absence de contre-indication, le traitement de référence est la doxycycline à raison de 200 mg/jour. La durée conseillée de traitement est classiquement d'environ une semaine ; puisqu'il peut être interrompu deux jours après la guérison clinique. En zone de co-endémie avec la borréliose de Lyme, il est préférable de porter cette durée à au moins 15 jours.


Les sulfamides stimulent la croissance des rickettsiales,
ils accroissent notamment la pathogénicité de R. conorii,
leur emploi est donc déconseillé dans les rickettsioses [484].

 

Pour plus d'information :
Tick-borne rickettsioses around the world: emerging diseases challenging old concepts Parola P, Paddock CD, Raoult D. [470].
Rickettsial Diseases Raoult D, Parola P [613].
Spotted fever rickettsioses in southern and eastern Europe.
Brouqui P. [699].




Les rickettsioses sont inscrites au tableau français des maladies professionnelles du régime général sous le numéro 53, et du régime agricole sous le numéro 49.

 


 

Malveillance et bio-terrorisme

Les Rickettsia possèdent des caractéristiques qui rendent leur utilisation possible en tant qu'armes biologiques. Ce sont des bactéries de petite taille, aérolisables, hautement infectieuses à faible dose, qui persistent chez les hôtes infectés. En outre, elles sont associées à une forte morbimortalité. Leur utilisation s'avère cependant bien improbable si l'on considère qu'elles ne sont pas contagieuses et parfaitement accessibles à une antibiothérapie adaptée [536].

AFSSAPS Biotox/Piratox dernière mise à jour le 11 04 05 (accédé le 04 07 08)



QCM

Partout en France, la morsure de tique peut transmettre des rickettsioses.

Réponse :

Vrai
Faux

Dans quelles circonstances doit-on rechercher une rickettsiose ?

Réponse :

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Quelle est la méthode la plus classique utilisée pour le diagnostic biologique des rickettsioses ?

Réponse :

l’immunofluorescence directe
l’immunofluorescence indirecte
les hémocultures

Par quoi est conditionné le pronostic des rickettsioses ?



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Dernière mise à jour : le 01 03 2010

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