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Practice
Parameter: Treatment of nervous system Lyme disease |
L’Erythème Chronique Migrant (EM) de Lipschutz ou la méningo-radiculite des français Garin et Bujadoux étaient "oubliés" depuis le début du siècle, quand deux mères de famille de Old Lyme (Connecticut), inquiétées par une série de 39 cas d’arthrites inflammatoires juvéniles alertèrent les autorités sanitaires américaines en 1975 [18]. La fréquence des arthrites atteignait alors 425 cas pour 100.000 habitants, contre 10 dans le reste du pays. Une enquête épidémiologique fut déclenchée [19]. C’est un jeune rhumatologue de l’université de Yale, A. Steere, qui entreprit l’étude rétrospective de 51 cas des arthrites de Lyme en 1976. Il établit leur aspect épidémique, la relation avec les morsures de tiques qui précédaient la symptomatologie dans de nombreux cas, et l’atténuation des symptômes par antibiothérapie. Il évoqua alors une hypothèse infectieuse, et fit le rapprochement avec les formes neurologiques et dermatologiques européennes [20].
En 1982, un entomologiste médical, W. Burgdorfer, examine l’intestin de tiques prélevées en zone d’endémie de maladie de Lyme. Il y trouve des spirochètes et suppose immédiatement qu’il pourrait s’agir de l’agent de la maladie de Lyme. Après mise en culture, il les inocule à des lapins, qui développent un EM 10 à 12 semaines plus tard. Il démontre aussi une forte réaction entre le sérum de malades et la bactérie, qui sera nommée Borrelia burgdorferi en son honneur (Johnson, 1984). En 1983, A.Steere isole la bactérie du sang et de biopsies de peau de patients atteints de la maladie de Lyme [21].
La
borréliose de Lyme est une zoonose très largement répandue
dans l'hémisphère nord.
Elle y est sans doute établie depuis longtemps, tant en Europe qu'en
Amérique.
C'est d'ailleurs ce que tendent à démontrer les descriptions
cliniques européennes du début du XXe siècle
(Afzelius, Lipschutz, Garin...), aussi bien que les PCR réalisées
sur des échantillons prélevés il y a plus d'un siècle,
en Europe et en Amérique (Matuschka et al, 1996) et (Hubbard
et al, 1998).
Les modifications anthropiques de
l'écosystème des ces cent dernières années
ont sans aucun doute largement contribué à l'émergence
de la maladie qui, jusqu'alors, demeurait non identifiée faute de cas
groupés comme à Lyme.
En
Europe occidentale, la distribution géographique de la maladie est
étroitement liée à celle de son vecteur principal Ixodes
ricinus qui requiert un biotope frais,
généralement forestier.
En France, l'ensemble du territoire est concerné, à l'exception
d'une bande côtière méditerranéenne et des reliefs
(zones au dessus de 1200 - 1500 m). Comme dans les autres pays européens,
le taux d'incidence de la maladie présente un gradient décroissant
nord-sud.
Le
réservoir de la bactérie est essentiellement constitué
par les petits mammifères. Cependant les oiseaux jouent également
un rôle important, puisque deux espèces de Borrelia s'avèrent
ornithophiles B. garinii et B. valaisiana, et que
B. lusitaniae semble être propagée par les oiseaux
migrateurs [316].
B. burgdorferi sl a aussi été isolée chez
diverses espèces de tiques
et de puces, on soupçonne même quelques insectes volants
[22,23,24]. Cependant le vecteur principal est sans contestation
possible Ixodes ricinus. Des cas de contamination par B. burgdorferi
ont été décrits par contact direct des muqueuses avec
du sang, de la viande, du lait ou des urines [23]. La contamination
par transfusion sanguine reste possible, même si elle est peu probable.
Quelques cas de contamination in utero ont été observés
[10].

Pour plus d'information :
Ecology
of Borrelia burgdorferi sensu lato in Europe, de Gern L, Humair PF in
Lyme borreliosis : Biology, Epidemiology and Control. Gray JS, Kahl
O, Lane JS, Staneck G [469].
Évaluation du risque de transmission
La
borréliose de Lyme touche le plus souvent des ruraux ayant des activités
en extérieur, de mai à octobre. Sont
exposées aussi, toutes les personnes ayant des activités
de plein air, que ce soit pour des occupations professionnelles ou ludiques.
Il est admis que le risque de transmission de la maladie augmente avec le
temps de fixation de la tique contaminée. Avant 24 heures ce risque
est restreint ; il atteint les 100 % après 72 heures [25, 252].
B. Gilot a montré que 90 % des 309 sites étudiés
en France (de 1993 à 1996) recelaient Ixodes ricinus. En moyenne,
10 à 15 % de ces tiques sont porteuses de B. burgdorferi,
avec d'importantes variations locales [24].
En
Europe, le risque de contamination par morsure est supposé inférieur
à 1%, ce que contredisent 2 enquêtes, l'une dans le sud-ouest
de l’Allemagne, avec un taux de transmission de 2,9% [26], l'autre
dans l'ouest de la Suisse avec un taux de séroconversion de 4,5 % sur
376 patients [315]. Lorsque la tique est porteuse de B. burgdorferi
sl, le risque de transmission serait de l'ordre de 7 à 10 % . Cette
transmission est accrue sil sagit dune nymphe [491]
et si la durée dattachement de la tique se prolonge. Cependant
il n'existe pas de temps minimal qui garantisse l'absence de contamination.
Ce temps peut être estimé en fonction de la réplétion
de la tique fixée, voir conduite
à tenir.
Au sein des poches d'incidence, il semble que l'incidence de borréliose
de Lyme a tendance à s'accroître inexorablement. Ce phénomène
a été constaté aux États-Unis, sur la côte
du Massachussets et dans le Wisconsin [27, 28]. Les épidémiologistes
supposent que ce phénomène est favorisé par des hivers
particulièrement cléments [28]. Cette observation
pourrait se confirmer en Europe, où une augmentation de prévalence
de B. burgdorferi est observée depuis10 ans dans certaines régions
[277]. Des poches d'incidence ont été identifiées
; elles sont souvent le siège de l'émergence d'autres maladies
vectorielles à tiques [Slovénie (anaplasmose humaine); Allemagne,
Autriche, Pays Baltes, Suède (encéphalite virale à tiques)
mais aussi en France avec l'émergence de rickettsioses
, de l'encéphalite à
tiques et de l'anaplasmose
humaine].
De
multiples cas de transmission à
des patients immunodéprimées et/ou greffées ont été
publiés [556-562]. Le doute persiste pour la transfusion.
Voir la page Transplantation
et transfusion
Enquêtes
épidémiologiques françaises
La
déclaration de la maladie n’étant pas obligatoire, nous ne disposons
toujours pas de chiffres très précis concernant l'incidence
de la borréliose de Lyme en France.
L'EUCALB l'estimait à 16 cas pour 100 000 habitants en 1995. Une étude
réalisée par Minitel auprès des médecins généralistes
l'évaluait, peu de temps après, à environ 20 pour la
Sologne (Dournon et al [475]).
La seule enquête nationale menée jusqu'à présent
l'a été par le Réseau
Sentinelles (auprès d'un échantillon de 1 178 généralistes
répartis sur tout le territoire national de mai 1999 à avril
2000) : L'incidence globale de la maladie a été estimée
à 9,4 cas (IC 95%: 7,4-11,4), avec d'importantes variations régionales.
Trois enquêtes régionales ont été
effectuées depuis, dans les régions à risque accru, par
le CNR des Borrelia et les CIREI :
Alsace (2001-2003): 86 cas pour 100 000 habitants
. Des poches d'incidence ont été observées à à
279 cas/100 000 dans le canton de Munster, et à 219-246 (selon les
hypothèses retenues) dans celui de Guebwiller (Enquête menée
par la CIRE Est),
La
maladie de Lyme. Données du réseau de surveillance de la maladie
en Alsace. Mars 2001 - Février 2003. 23 mars 2005.

Cantal et Corrèze (2004-2006). En 2004, plus
de 40 cas/ 100 000 habitants, avec une poche d'incidence à 112
en Haute Corrèze pour 2004. En 2005, l'enquête
a montré une incidence de 43 cas / 100 000 habitants dans l'Allier,
de 86 dans le Cantal et de 72 dans le Puy-de-Dôme.
En 2006, l'incidenceétait de 103 pour le Puy-de-dôme, 102 pour
le Cantal et 44 pour l'Allier.
Surveillance
de la maladie de Lyme. Réseau Limousin. Avril 2004 - Mars 2006. (15
juin 2004).
Meuse
(2002-2005): 79 cas en 2002, 83,9 en 2003, 156 en 2004, 106 cas pour
100 000 habitants en 2005 et 135 en 2006.
Parallèlement à cette enquête, une collecte
de tiques au drapeau est en cours depuis le printemps 2002, dans le canton
forestier de Souilly (Meuse).
La technique employée a été décrite par Mac Leod
en 1932, elle consiste à traîner un carré de flanelle
blanche d'un mètre de côté dans la végétation,
pour que les tiques s'y fixent ("dragging", ou "flagging").
Afin d'être en mesure d'effectuer un calcul de densité, le drapeau
est traîné sur une distance précise (en l'occurrence 4
fois dix mètres), à une vitesse de 0,5 m/s).
Le but de cette enquête est de déterminer les espèces
de tiques en présence, leur
densité et leur phénologie. Cette collecte confirme la forte
densité locale d'I. ricinus et, selon les années,
la présence plus ou moins marquée de Dermacentor marginatus.
Les 2 espèces s'avèrent très sensibles aux variations
climatiques, avec une quasi disparition de l'activité d'I. ricinus
pour les températures <+7°C ou >+ 25°C. Les Dermacentor
sp, quant à eux, marquent une véritable diapause durant la période
chaude (températures > 16°C).
L'étude de la phénologie montre que l'incidence de la
borréliose de Lyme est essentiellement liée à la densité
des nymphes infectées. Elle confirme que la densité des tiques
est très directement dépendante du climat, qu'elle varie sensiblement
d'une année à l'autre, mais aussi d'une semaine à l'autre.
Avec les moyens d'information dont nous disposons maintenant, il serait facile
de publier un bulletin hebdomadaire départemental d'activité
des tiques. Cette information permettrait d'informer les personnes exposées
des risques accrus lors des pics d'activité vectorielle. Il pourrait
alors leur être conseillé de différer leur sortie, et
sinon de redoubler de vigilance.
Densité, taux d'infection des tiques et typage de souches de Borrelia en Meuse

L'étude des tiques collectées en Meuse , a été
assurée par le CNR des Borrelia de 2002 à 2005, afin
de mesurer leur taux d'infection et de typer les souches de Borrelia.
Le taux d'infection des nymphes d'I. ricinus s'élevait
à 22,9% au mois de mai 2003.
Le typage des espèces, par PCR/RFLP, a montré une présence
très discrète de B. burgdorferi ss (détectée
uniquement en 2005, sur 2 tiques seulement) et de B. lusitaniae
(1,8%, seulement en 2003) ;
il a surtout mis en évidence la prédominance de 3 espèces
au neurotropisme affirmé B. valaisiana (18,52 %), B.
garinii (29,63 %) et B. afzelii 50 % [251].
Répartition
des espèces (2003).
Récapitulatif de la
collecte 2006.
Borrelia
burgdorferi est une bactérie hélicoïdale mobile qui
fait partie de l’ordre des Spirochètales, elle possède
sept à onze flagelles, et se déplace grâce à des
mouvements de rotation et de translation. La parenté antigénique
avec les autres spirochètes explique les sérologies faussement
positives chez les patients porteurs d'anticorps contre la syphilis et la
leptospirose.
http://gsbs.utmb.edu/microbook/ch035.htm
Par rapport au génome des autres bactéries, celui de l'ensemble
de la famille des Borrelia est organisé et structuré
de manière inhabituelle. Il est porté sur un chromosome linéaire
(et non pas circulaire) ainsi que sur une série de plasmides : non
seulement 9 circulaires, mais aussi 12 linéaires. Les plasmides se
comportent en fait comme de véritables minichromosomes. Leur étude
montre qu'ils portent de nombreuses redondances et 175 familles de gènes
paralogues, dont la plupart des fonctions reste encore inconnue. Les Borrelia
possèdent donc un génome segmenté.
Les gènes plasmidiques bdr (Borrelia direct repeat) semblent
jouer un rôle important dans la biologie, la pathogénèse
et l'évolution du génome des Borrelia. La multitude des
allèles bdr et leur polymorphisme semblent augmenter la diversité
phénotypique et favoriser l'adaptation rapide à l'environnement...
D'où l'énergie déployée par les Borrelia
pour les conserver. En fait le codage de ces gènes n'est pas stable,
il permet des recombinaisons et des réarragements inter et intraplasmidiques.
Ces changements pourraient être à la base de la grande variabilité
génétique des Borrelia.
Diversité,
répartition géographique et tropisme des espèces européennes:
Les
progrès de la biologie moléculaire, l’amplification génique
par polymerase chain reaction (PCR), ont récemment permis la subdivision
de Borrelia burgdorferi sensu lato en douze espèces principales.
Quatre espèces sont pathogènes pour l’homme en Europe: B. burgdorferi
sensu stricto, B. garinii, B. afzelii, ainsi que Borrelia
spielmanii (ex souche A14S) [272, 312].
Deux sont soupçonnées de l’être occasionnellement :
B. valaisiana et B. lusitaniæ [29],
voire une troisième : B. bissetti qui a été isolée
dans un lymphocytome borrélien en Slovénie [273].
Les autres ne le sont pas.

Les formes européennes de maladie de Lyme se caractérisent le plus souvent par la survenue d'un érythème grossièrement circulaire à lendroit de la morsure de tique. Les symptômes généraux, tels qu'état grippal, frissons, fièvre, arthralgies ou maux de tête, sont généralement beaucoup moins marqués qu'en Amérique du Nord où B. burgdorferi ss est le seul agent pathogène connu.
La maladie présente des similitudes avec la syphilis, notamment en ce qui concerne son évolution en trois phases.
L'évolution de la maladie en trois phases est donc loin d'être
systématique, même lorsque l'infection est restée méconnue.
Cependant cette évolution peut être redoutable, alors même
que 21 % à 60 % des malades ne se souviennent d'aucune
morsure de tique [19,23].
La recherche de borréliose ne peut donc en aucun cas être limitée
aux seuls patients relatant cet épisode, car elle doit absolument tenir
compte d'abord de l'exposition au risque de morsure.
Le
classique érythème chronique migrant (EM) de Lipschutz
est considéré comme pathognomonique, si son diamètre
dépasse les 5 cm. Cependant son diagnostic différentiel doit
être envisagé avec différentes lésions dermatologiques
telles qu'érythrasma, érythème pigmenté fixe,
dermatophytose, érythème annulaire centrifuge de Darier, érysipèle...
... voire réaction allergique.
Cet EM survient de 3 jours à 1 mois après la morsure de
tique. Il s’agit d’une lésion dermatologique, dans laquelle le germe
peut être isolé après culture. On retrouve l'EM le plus
souvent au niveau des membres inférieurs et du tronc, surtout au niveau
du creux poplité et en zone inguinale ou axillaire. La macule initiale
est une lésion centrifuge, qui grandit autour de la morsure ; elle
atteint habituellement une dizaine de centimètres de diamètre,
mais peut s’étendre jusqu’à 70 centimètres. Dans 40 %
des cas, elle pâlit en son centre lors la deuxième semaine, dans
70 % des cas après la troisième [25]. La lésion
est chaude pouvant donner une sensation de cuisson, mais classiquement pas
de prurit ou de desquamation.
Il
existe de nombreuses formes cliniques: l’EM peut ne pas être localisé
autour de la morsure, son centre peut rester de couleur uniforme; d’autres
lésions sont susceptibles d’apparaître à la place de l’EM
comme des indurations de la peau, des vésicules, une zone desquamative
ou de nécrose; parfois même on peut assister à un rash
urticarien, à une conjonctivite, ou à des EM multiples (50%
des cas aux États-Unis, moins de 3% en Suède d'après
Berglund J. et al., 1995) [25] .
En Europe, l'EM semble plus inconstant qu’en Amérique [23,30], puisqu’il n’est retrouvé que dans un tiers des cas environ [31]. Il se peut qu'il reste plus facilement méconnu, ou qu'il soit confondu avec d'autres lésions dermatologiques... Dans tous les cas, il disparaît spontanément après quelques jours ou semaines, rarement un an, invalidant ainsi son adjectif qualificatif de "chronique". L’antibiothérapie le fait disparaître en quelques jours.
La forme européenne de la borréliose de Lyme se traduit par un discret syndrome grippal, presque constant, avec des somnolences (dans 80 % des cas), une fébricule (< 38°C), des céphalées (60 %), arthralgies (48 %) et des troubles digestifs (10%) [31].
La biologie reste habituellement dans les limites de la
normale, les transaminases sont susceptibles d’une discrète élévation
dans 20 % des cas. De temps à autre la vitesse de sédimentation
(VS) peut être discrètement augmentée, ainsi que les immunoglobulines
ou les cryoglobulines. La présence d’une hématurie microscopique
est rarement notée.
Elle débute après la phase primaire, de quelques semaines à quelques mois, cependant comme dans la syphilis, des manifestations cliniques de la phase secondaire peuvent se rencontrer dès la phase primaire. Ce sont essentiellement des manifestations cutanées, neurologiques et rhumatismales qui la caractérisent, toutes peuvent se rencontrer isolément ou associées. À ce stade, les manifestations cliniques résultent encore essentiellement de la présence de B. burgdorferi sl.

Comme à la phase primaire, des atteintes cutanées sont possibles
:
Une ou plusieurs poussées d’érythème migrant, avec quelquefois
des lésions multiples, mais beaucoup plus rarement qu'aux Etats-Unis.

Un lymphocytome borrélien, dans 15 % des cas dans le nord européen,
est un petit nodule cutané violacé, d’allure lupoïde, on
peut rencontrer une ou plusieurs lésions, le plus souvent au niveau
du pavillon de l’oreille ou sur l’aréole chez les adultes.
Manifestations
neurologiques, ou neuroborrélioses
Elles sont fréquentes en Europe, de 30 à 60 % des cas [32];
en France elles représentent plus de 50% [250] . A. Steere
a décrit une triade symptomatique comprenant méningite lymphocytaire
(89 % des cas), névrite crânienne (89 %) et polyradiculonévrite
(32 %), le syndrome de Garin Bujadoux Bannwarth est caractérisé
par d’intenses céphalées, associées à une hyperesthésie
et à une lymphocytose de l’ordre de 100 éléments à
la PL. Une encéphalite est retrouvée chez 29 % des patients
[33]. Le suivi longitudinal de 44 patients atteints de neuroborréliose
a permis à J. Treib de démontrer que la fatigue et une augmentation
des IgG persistaient dans plus de la moitié des cas, malgré
une nette régression des déficits neurologiques.
La
radiculite hyperalgique s’étend sur le territoire de la morsure avec
une extension possible aux métamères voisins. Les douleurs
sont très violentes, voire insomniantes, on les compare volontiers
à celles du zona, souvent l’examen neurologique reste strictement
normal, ce qui peut parfois faire passer le patient pour un simulateur;
dans d’autres cas le patient présente un tableau clinique de polyradiculonévrite
avec atteinte sensitivo-motrice. Les douleurs sont à prédominance
nocturne, elles sont parfois exacerbées par le contact ou par l’exposition
au froid ou au chaud. La rétrocession de la douleur est longue, même
si le traitement est bien adapté.
Tous
les nerfs crâniens peuvent être atteints, quel que soit l’endroit
de la morsure, cependant il existe une nette prédilection
pour
le VII. L’atteinte bilatérale du VII, donne une diplégie faciale
pouvant en imposer pour un syndrome de Guillain-Barré, l’étude
du LCR permettra alors de constater une méningite lymphocytaire.
Une paralysie faciale (PF) isolée peut facilement passer pour une
PF a frigore; il est alors utile de remarquer qu'habituellement son
installation est progressive, alors que les atteintes virales se traduisent
par une paralysie de survenue brutale. La PF doit être considérée
comme une neuroborréliose à part entière. Les atteintes
des nerfs crâniens ont un bon pronostic, la guérison est de
règle.
Les
atteintes centrales ne sont pas rares, elles ont un impact autant cérébral,
que cérébelleux ou médullaire. La clinique peut évoquer
une pathologie tumorale ou psychiatrique, mais le plus souvent plutôt
une sclérose en plaques (SEP), du fait de l’imagerie médicale
et de l’évolution favorable qui simule bien la poussée de
SEP. Là encore c’est l’étude biologique du LCR qui apportera
la réponse. Une atteinte encéphalique plus discrète
se traduit par des troubles du sommeil, de la mémoire, ou des difficultés
de concentration, voire des modifications du
comportement pouvant en imposer pour un syndrome dépressif.
Les
atteintes méningées sont également fréquentes
mais la symptomatologie discrète ne les met que rarement en avant
(céphalées sans raideur méningée), la PL relèverait
de 50 à 500 lymphocytes, et une protéinorachie inférieure
à 3 g/litre, la recherche d’anticorps est possible dans le LCR; la
méningite peut persister quelques semaines voire quelques mois. Dans
la moitié des cas, les atteintes méningo-encéphalites
récidivantes sont accompagnées d’atteinte des nerfs crâniens
[31]. L’association d’une ménigite à une atteinte
radiculaire périphérique ou à une paralysie de nerf
crânien doit faire évoquer le diagnostic de neuroborréliose
[23].
Une atteinte centrale associée à la notion de morsure de tique
évoque en premier lieu la possibilité d'une neuroborréliose.
Cependant, de nombreux autres agents pathogènes transmis par les
tiques peuvent occasionner des symptomatologies comparables : les virus
appartenant au groupe Kémérovo, celui de l’encéphalite
européenne à tiques, Eyach, Erve...
Toutes les Rickettsiales (Anaplasma, Rickettsia), et
les apparentées Coxiella, Bartonella.
Voir le Diagnostic
des méningo-encéphalites.
Manifestations
rhumatologiques
Leur
fréquence semble s'établir aux environ de 10 % des cas des borrélioses
de Lyme européennes [405]. Elles peuvent survenir de quelques
jours à quelques mois après l’apparition de l’EM, lorsqu'il
existe. Ce sont des mono- ou des oligo-arthrites des grosses articulations
survenant brutalement. Le genou est touché avec prédilection,
il devient chaud, rouge, gonflé et douloureux. La rupture d’un kyste
de Baker est fréquente, pouvant en imposer pour une phlébite,
elle doit de principe faire envisager le diagnostic de maladie de Lyme.
Des tableaux de poly-arthrite migratrice asymétrique peuvent se rencontrer,
touchant jusqu’à une dizaine d’articulations: dans ce cas les pieds,
les mains (avec des doigts en «saucisse» donnant le change avec une spondylarthrite)
et les articulations temporo-mandibulaires sont concernées. De véritables
syndromes du canal carpien ont été décrits. Chaque poussée
dure environ une semaine, avec en moyenne trois récidives; les périodes
de rémission durent approximativement un mois, pendant lequel l’articulation
demeure raide et douloureuse. S’il est reconnu que la guérison survient
habituellement dans les deux ans, il faut cependant retenir que 10 % des cas
évolueront vers une arthrite chronique.
Les manifestations musculaires sont peu documentées, cependant les
myalgies migratrices sont relativement fréquentes lors de la dissémination
des Borrelia. Des myosites sont rapportées.
Atteintes
cardiaques
L'atteinte cardiaque survient en moyenne 3 semaines après l'apparition
de l'EM [406]. Elle se résume le plus souvent à une minime myocardite,
s'associant à des troubles du rythme bénins, qui régressent
spontanément. Souvent bruyantes, ce sont des myopéricardites
qui se traduisent par des douleurs thoraciques, des palpitations ou une dyspnée.
Neuf fois sur dix, on retrouve des troubles du rythme occasionnant quelquefois
des syncopes ; leur fréquence est d’environ 8 % (péricardites
comprises). La particularité de la maladie de Lyme, est de provoquer
des troubles de la conduction fluctuants. Des blocs auriculo-ventriculaires
passant du premier au second, ou au troisième degré, d’une minute
à l’autre, menacent le pronostic vital lors des épisodes de
passage en bloc complet [34]. Dans un cas sur deux, une sonde d’électrostimulation
doit être posée ; la guérison totale est cependant de
règle dans les 15 jours [21,31] . Contrairement aux autres
signes cliniques de la borréliose de Lyme, l’antibiothérapie,
même précoce, reste sans effet sur la durée de l’épisode.
Atteintes
pulmonaires
Le patient qui se plaint de dyspnée après avoir été
exposé aux morsures de tiques n’est pas forcément victime d’une
cardiomyopathie obstructive congestive. La borréliose de Lyme peut
aussi entraîner des complications pulmonaires, occasionnant la
même symptomatologie: Un cas de détresse respiratoire fatale
a été décrit, ainsi que 3 cas d’encéphalopathie
associée à une apnée du sommeil ayant nécessité
trachéotomie et assistance ventilatoire.
Une paralysie des nerfs phréniques peut aussi être rencontrée,
occasionnant un essoufflement à l’effort en l’absence de toute étiologie
cardiaque. Les cyclines constituent alors un traitement efficace [35,36].
Le diagnostic différentiel doit également envisager d'autres
maladies pouvant être transmises par la morsure de tique, même
simultanément avec la borréliose de Lyme. L’anaplasmose, la
fièvre Q et la tularémie peuvent, en effet, occasionner des
troubles ventilatoires.
Manifestations
ophtalmiques
Toutes les structures de l'oeil pouvant être concernées, les
manifestations cliniques sont très variées et peuvent prendre
la forme de toutes les atteintes ophtalmiques possibles (conjonctivite fréquente
et précoce, kératite, épisclérite tardive, uvéite,
névrite ophtalmique, cécité, paralysie des muscles).
Aucune de ces atteintes n'étant spécifique, le diagnostic doit
rester présumé tant que la présence de la bactérie
n'a pas pu être confirmée dans l'oeil.
La signification d'une sérologie positive en zone d'endémie
ne suffit pas.
Toutefois, tout patient présentant une manifestation ophtalmique sévère
dans les suites d'une morsure de tique doit bénéficier d'une
antibiothérapie, même en cas de sérologie négative
si aucune autre pathologie n'a pu être détectée. Une analyse
des liquides oculaires est possible (PCR). Un traitement de ceftriaxone est
généralement proposé pour au moins 3 semaines.
Autres
manifestations
Elles sont très variées allant des douleurs abdominales accompagnées
d’hépatomégalie et de mouvement des transaminases, aux orchites.
Le syndrome grippal est généralement discret passant au second
plan de la symptomatologie.
La phase tertiaire survient des années après l’EM, les atteintes dermatologiques, neurologiques et rhumatologiques dominent là aussi. Par contre, la nocivité de la bactérie se révèle surtout par les réactions immunologiques qu'elle a provoquées, et qui demeurent encore mal comprises.
Les
atteintes dermatologiques

Les atteintes dermatologiques rencontrées sont essentiellement l’acrodermatite
chronique atrophiante (ou maladie de Pick-Herxheimer) et le lymphocytome cutané
bénin, on évoque aussi les morphées.
Voir l' Atlas
of dermatology à ces chapitres.
L’acrodermatite
est plutôt une forme européenne, elle se développe sous
forme de plaques violacées qui évoluent lentement vers la sclérose
mettant à nu les petits vaisseaux.
Elle est souvent accompagnée par une arthrite chronique ou une neuropathie
périphérique dans le même territoire. Cette lésion
prédomine sur les zones convexes des membres,et respectent les extrémités.
Elles peuvent quelquefois occasionner des infiltrations palpables. Un traitement
précoce autorise une guérison totale.
Les
atteintes neurologiques
Les atteintes neurologiques surviennent en moyenne 5 ans après l’EM,
elles se traduisent par des affections démyélinisantes du système
nerveux central, l’IRM montre des images qui simulent la sclérose en
plaques (SEP). Des pseudo scléroses latérales amyotrophiques
(SLA) ont aussi été observées. Des troubles de l’humeur
ou de la mémoire ont été signalés, voire des pseudo-Alzheimer
pour certains [24], ainsi que de rares neuropathies périphériques
chroniques, généralement sensitives. Steere précise que
dans un petit nombre de cas, B. burgdorferi peut persister des années
dans le système nerveux chez des patients qui ont présenté
une neuroborréliose, PF comprise [37]. L'implication de
la maladie a été évoquée dans la SEP [210] et
dans la schizophrénie [211].
Dans ces cas l'anamnèse du patient, l'albuminorachie et la synthèse
intrathécale étayent le diagnostic.
Les
atteintes rhumatologiques
Les atteintes rhumatologiques chroniques subsistent dans 10 % des cas après
la phase secondaire, elles simulent bien une polyathrite rhumatoïde tant
sur le plan clinique que radiologique, avec des érosions ostéo-cartilagineuses
liées à une synovite proliférative et la formation d’un
véritable pannus [25], cependant l’atteinte pauciarticulaire
asymétrique respectant les os du carpe, et la discrétion des
signes biologiques doivent rétablir le diagnostic de borréliose,
les signes inflammatoires sont généralement modérés
et les sérologies rhumatoïdes sont négatives.
Un certain nombre de patients ayant souffert d’une maladie
de Lyme se plaint de multiples symptômes apparus malgré un traitement précoce
: céphalées, arthralgies, myalgies, fatigue, paresthésies,
labilité émotionnelle, perte d’audition, vertiges, troubles
du sommeil et raideur cervicale.
Des études observent que certains facteurs de risque augmentent la
probablité de voir apparaître de telles séquelles :
une durée de maladie supérieure à 1 an avant d’initier
le traitement, un titre élevé d’IgG spécifiques, de multiples
bandes au Western blot corrélées par des troubles de la mémoire
verbale. Mais le SPL peut tout aussi bien survenir à l’occasion d’une
infection persistante, d’une réinfection, ou d’un processus inflammatoire
ou immunologique. D’autres causes doivent également être considérées,
comme le retard de diagnostic, la lente disparition des symptômes, les
séquelles de l’infection ou une pathologie décapitée.
Le SPL comprend les troubles chroniques ou intermittents, qui débutent
lors de la maladie clinique et persistent des mois à des années
en dépit d’une antibiothérapie adaptée.
Ce syndrome appelé aussi maladie de Lyme chronique, pose un problème
de diagnostic différentiel avec d’autres syndromes comportant la même
symptomatologie, le syndrome de fatigue chronique, la
fibromyalgie, le syndrome de la guerre du Golfe ou même le syndrome
de Münchausen. La fatigue, les troubles de concentration, les troubles
du sommeil, la labilité émotionnelle et les problèmes
cognitifs sont trois plus fréquemment rencontrés dans le SPL
que dans le syndrome de fatigue chronique[38]. Selon certaines
études américaines le SPL touche de 13 à 53 % des patients
qui ont présenté une maladie de Lyme.
La fréquence du SPL paraît nettement moindre
en Europe [271].
Certains auteurs doutent même de son existence, et arguent du fait qu'aucune
étude n'a pu, à ce jour, établir la réalité
de ce syndrome.
L'hypothèse de la persistance active de B. burgdorferi est actuellement
étudiée [278].
Dans ce cas, la maladie pourrait être accessible à un traitement
antibiotique prolongé. L'étude rétrospective de 100 dossiers
de patients n'a cependant pas permis d'affirmer la persistance de la bactérie
ni l'existence d'un lien de causalité direct (C. Perronne).
Elle a toutefois établi la réalité du problème
de santé publique, l'intérêt d'une antibiothérapie
au long cours sur les symptômes et "... la nécessité
impérieuse de mettre en place une étude thérapeutique
prospective randomisée rigoureuse..." [279].
La question sur la véritable nature du SPL demeure donc entière
: infectieuse, inflammatoire réactionnelle, auto-immune, voire co-infections
?
|
LEUCALB et le CDC recommandent une stratégie
diagnostique en 2 étapes :
|
Le diagnostic de borréliose de Lyme repose,
d'abord et avant tout, sur la clinique.
Toutefois, excepté en cas d'EM pathognomonique, il
doit toujours être confirmé par la biologie [408].
En l'absence de cette confirmation, l'EUCALB
considère que tout cas clinique évocateur doit néanmoins
être considéré comme probable.
Elle préconise également de s'abstenir de tout examen
microbiologique, en l'absence d'exposition au risque ou de symptômes
évocateurs.
La
morsure de tique est susceptible de transmettre d'autres agents pathogènes
que B. burgdorferi sl.
Les pathologies en résultant peuvent facilement être confondues
avec la borréliose de Lyme. Le plus souvent, elles sont occasionnées
par des germes intracellulaires, totalement insensibles aux traitements par
ß-lactamines toujours préconisés en première intention
en France.

Des co-infections sont possibles, même après une
morsure unique de tique. Le tableau clinique est alors souvent plus sévère,
mélangeant les symptomatologies occasionnées par les différents
agents pathogènes [512].
Microspie et culture
ne
peuvent être recommandées à titre systématique.
Leur sensibilité est trop faible, car les Borrelia ne sont présentes
qu'en petit nombre dans le sang, les liquides biologiques et les diverses
biopsies. De plus la culture est longue, fastidieuse, et coûteuse. Elle
nécessite l'emploi de milieux spéciaux (BSK II) et l'acheminement
des prélèvements vers le laboratoire dans les 2 à 4 heures.
La
PCR
La Polymerase Chain Reaction (PCR) est une méthode d’une très
grande spécificité
et d’une très grande sensibilité,
permettant même de détecter un seul agent infectieux. Cette grande
précision de détection à Borrelia burgdorferi
sensu stricto devient d’ailleurs un inconvénient en Europe, où
nous savons que co-existent différentes espèces. Mais plusieurs
gènes ou séquences intergéniques présentent un
degré de conservation suffisant entre les espèces au niveau
des cibles des amorces pour toutes les détecter, et une variabilité
suffisante au centre de l’amplicon pour les différencier [51].
(G. Baranton ; communication personnelle 03/99).
L'amplification génique est cependant mise en difficulté
par le peu de bactéries présentes dans les échantillons
à analyser. Sa sensibilité est de l'ordre de 75% dans l'analyse
des prélèvement cutanés ou articulaires (>5000 spirochètes/mL).
Elle est trop faible pour l'étude du LCR (<50 spirochètes/mL),
où elle atteint 30% dans les infections neurologiques précoces
(38% dans certaines publications, mais avec les résultats cumulés
de 4 systèmes PCR), et à peine 10% dans les infections chroniques.
Son emploi est limité, et son coût important.
Test
ELISA
L’immunofluorescence indirecte a été supplantée par le
test ELISA (Enzyme-Linked ImmunoSorbent Assay), qui est basé sur la
reconnaissance de plusieurs antigènes spécifiques à Borrelia
burgdorferi.
Le
taux de faux positifs reste cependant élevé :
La
fréquence des faux négatifs doit également être
prise en considération.
À la phase primaire, la séropositivité est de l’ordre
25 à 50 %, elle progresse de 50 à 70 % à la phase secondaire,
pour atteindre 100 % à la phase tertiaire [48]. La relative
spécificité des antigènes utilisés pour le test
pose la question de sa fiabilité, car nous connaissons maintenant plus
de dix espèces de Borrelia dans le complexe burgdorferi sensu
lato [409].

Index
d’avidité
La mesure de l’index d’avidité des IgG permet de poser le diagnostic
de maladie active, sans avoir besoin d’attendre une deuxième sérologie
de confirmation à 3 semaines. Elle vient d’être validée
dans le cadre des neuroborrélioses, où elle sera particulièrement
précieuse pour obtenir rapidement une confirmation biologique. Cette
technique, déjà utilisée dans le diagnostic de la rubéole
et de la toxoplasmose chez la femme enceinte, repose sur l’analyse de la solidité
des liaisons antigènes-anticorps qui est de moindre importance lors
des infections récentes. Un réactif permet de casser les liaisons
et de mesurer l’index d’avidité [49].
Test
ELFA
Le test ELFA (Enzyme-Linked Fluorescent Assay) est un test qualitatif qui
permet la détection simultanée des IgG et des IgM.
Westernblot
et ses limites
La
technique de Westernblot (synonyme d'immuno-empreinte et de Immunoblot) est
plus spécifique, elle permet d’obtenir des résultats diversifiés
(taille et nombre des fragments révélés par les anticorps),
elle est surtout utilisée pour confirmer le test ELISA.
Une étude européenne (EUCALB et OMS) a été lancée il y a quelques années dans 5 pays européens afin de d’apprécier la fiablité des sérologies dans la maladie de Lyme. Les conclusions de cette étude insistent sur la nécessité d’harmoniser les protocoles européens et d’interpréter des résultats biologiques en fonction du contexte clinique.
Aux
Etats-Unis, où seule B. burgdorferi ss est présente,
les laboratoires s’attachent au nombre de bandes.
En Europe, 3 ou 4 espèces pathogènes coexistent ; les laboratoires
s'attachent plutôt à la spécificité et l'intensité
de certaines bandes. L’absence actuelle de consensus pour l'interprétation
de l'immunoblot tient essentiellement à
la variabilité des espèces pathogènes selon les régions,
ainsi qu’à la mobilité accrue de la population. Depuis 1995,
un groupe de l’EUCALB travaille à la validation de ces bandes; mais
elle n'est pas encore parvenue à élaborer un Immunoblot européen
standardisé [50].
À
elles seules, la clinique et l’épidémiologie peuvent permettre
de poser le diagnostic de borréliose de Lyme. Uniquement: en présence
d’un érythème migrant.
Cependant de nombreux autres signes et symptômes sont évocateurs
de la maladie, sans pour autant être pathognomoniques. Les CDC ont réalisé
un inventaire
des critères diagnostiques, permettant d’évaluer la
probabilité de cette infection en "très probable", "possible"
et "improbable". En cas de suspicion, le recours à
la biologie devient indispensable, mais il ne permet pas pour autant d’établir
le diagnostic avec certitude. En effet, les sérologies sont de faible
sensibilité à la phase précoce, leur cinétique
demeure encore mal comprise [32,44,45] et les séroconversions
asymptomatiques sont fréquentes en zone d’endémie (3 à
4%) [24,43]. Bien que constituant une réelle avancée,
ce document n’apporte aucune certitude quant au diagnostic, ou à la
nécessité de mise en œuvre d’un traitement. C'est la raison
pour laquelle il est nécessaire de définir précisément
les cas, afin d'établir une conduite à tenir.
Compte tenu du caractère protéiforme de la
maladie, cette définition de cas suppose une application stricte des
critères de l'EUCALB :
Un
cas est défini comme certain sur la seule présence
de l'EM.
En ce qui concerne toutes les autres manifestations cliniques, il est impératif
de confirmer par la sérologie. Une sérologie positive dans le
sérum est exigée pour les atteintes rhumatologiques, cardiaques
et cutanées tardives.
Une production intrathécale d'anticorps spécifiques doit être
observée dans le LCR pour confirmer une neuroborréliose; le
calcul se fait en comparant le taux d'anticorps sanguins à ceux trouvés
dans le LCR. La pléiocytose n'est plus obligatoire pour poser le diagnostic,
sauf celui de neuroborréliose chronique.
Attention sous peine d'un risque très important de fausse positivité,
un LCR hémorragique ne doit jamais être testé en sérologie
!
Un cas est défini comme probable, lorsque le tableau
clinique est évocateur, mais qu'il manque une donnée sérologique
(sérum ou LCR), ou si le taux d'anticorps n'est pas en rapport avec
la clinique.
Un cas est considéré comme douteux lorsqu'il y
a suspicion clinique, mais absence de confirmation biologique.
Les sérologies positives dépourvues de signes cliniques doivent
simplement être considérées comme le reflet de la séroprévalence.
Elles représentent environ 4 à 5% de la population en zone d'endémie.
Deux études conduites en Suisse et aux Pays-Bas auraient montré
que seuls 5 % de ces cas déclencheraient une réelle borréliose
de Lyme active (D. Lipsker, Conférence de Consensus, 13 12 06).

Pour plus d'information, on se rapportera au
Cahier de formation Biologie Médicale n° 34 de Bioforma
rédigé par
MV Assous [415].
Le traitement de la maladie de Lyme doit s’envisager différemment selon la phase d'évolution. Son efficacité repose essentiellement sur la précocité de la prise en charge thérapeutique. Plus le traitement est tardif (phase secondaire, voire tertiaire) , plus le patient est exposé à une résolution lente de sa maladie et à une persistance des symptômes.
Phase
précoce localisée [245,246]
Le choix thérapeutique est ouvert entre :
|
Pour les EM "simples"
|
Pour les EM associés à des manifestations secondaires précoces,
ils ont préconisé une durée de traitement de 21 jours.
Le
traitement de choix est constitué par la doxycycline et l'amoxicilline.
L’amoxicilline doit être utilisée lorsque la doxycycline est
contre indiquée, chez la femme enceinte, l’enfant et les allergiques.
Une réaction de Jarish-Herxheimer peut être rencontrée
dans 15 % des cas, l’exagération momentanée de la symptomatologie
serait due à la lyse massive de l’agent pathogène. Algorithme
de AC Steere et al. (The emergence
of Lyme disease. J. Clin. Invest. 2004 ; 113: 1093 - 1101.).
En dépit d'une antibiothérapie bien conduite, il est prouvé des Borrelia peuvent persister dans l'érythème migrant, sans que leur pathogénicité n'ai été démontrée pour autant [306]. Quelques souches de Borrelia sont aussi connues pour avoir un haut niveau de résistance à la pénicilline in vitro, elles sont également résistantes à la rifampicine, à la ciprofloxacine, et aux aminoglucosides [52].
Malgré un traitement efficace, la symptomatologie clinique peut aussi persister quelque temps.
Manifestations
plus tardives [245,246],
Il est probable que les formes tardives résultent
non seulement de B. burgdorferi sl, mais aussi de phénomènes
immunologiques. Cette raison et le retard de diagnostic expliquent sans doute
l'inconstante de l'efficacité des antibiotiques.
Quoi qu'il en soit, il faut envisager une antibiothérapie prolongée,
à forte pénétration tissulaire. Différents schémas
thérapeutiques sont proposés selon les atteintes :
Les
PF doivent être traitées comme faisant partie de la symptomatologie
précoce de la phase primaire. La question du traitement prolongé
dans les formes chroniques, chez des patients présentant de plus de
fréquentes résistances aux antibiotiques n’a pas encore reçu
de réponse.A. Steere considère
qu’un traitement antibiotique adapté de l’arthrite chronique ne doit
pas être prolongé au delà de 2 mois. S’il ne se montre
pas efficace et que la PCR ne détecte pas d’ADN
de Borrelia dans le liquide synovial, il doit alors être
remplacé par des AINS [37]. Algorithme
de AC Steere et al. (ibidem).
L’abstention thérapeutique est de règle
lors de la découverte de séropositivités asymptomatiques.
Les traitements non antibiotiques sont à réserver
à certaines situations bien particulières de la borréliose
de Lyme disséminée.

La
commercialisation du vaccin LYMErix® a été suspendue
le 26 février 2002, en raison de l'importance des effets secondaires
qu'il provoquait.
Les Etats-Unis espéraient un nouveau vaccin aux environs de 2006 (Glaxosmithkline
Ltd). Ce vaccin ne sera pas plus adapté au complexe B.burgdorferi
s.l. rencontré en Europe, que le précédent.
Un vaccin multivalent serait envisagé chez Baxter, (B. burgdorferi
sl, B. garinii et B. afzelii).
La piste d'un vaccin anti-tiques est aussi à l'étude.
L’antibiothérapie
prophylactique en zone d’endémie peut être discutée
dans certains cas bien particuliers, notamment les femmes enceintes [48]
et les enfants de moins de 3 ans [45], une antibiothérapie
de 10 jours serait alors efficace.
Par contre, l'intérêt de ce traitement post-exposition semble
nul pour les personnes non particulièrement vulnérables. Cette
analyse est étayée par une enquête américaine,
menée en zone d'endémie, en double aveugle chez 482 patients
mordus par des tiques depuis moins de 72 heures. Elle montre que bénéfice
du traitement est bien inférieur au risque iatrogène qu'il fait
courir : si les 200 mg de doxycycline par jour ont réduit le risque
infectieux de 3,2% à 0,4%, ils ont occasionné des effets adverses
dans 30,1% des cas [247].
Un
arrêt transitoire de l’allaitement est conseillé en Allemagne
aux femmes porteuse d'une BL, cette recommandation est basée sur 2
cas de mise en évidence de Borrelia par PCR dans le lait maternel
(2 femmes porteuses d'EM) [416]. Toutefois, à ce jour, aucune transmission
n'a été décrite au cours de l'allaitement.
Le
risque de réinfestation est réel.
La borréliose de Lyme guérie, et peut-être même
encore active, ne confère pas l'immunité [414]. En
l'état actuel des connaissances, il est même impossible de savoir
si la réinfestation nécessite une négativation des sérologies.
En conséquence, la prévention
contre les morsures de tiques demeure constamment indispensable. Qu’elle
soit active ou passive, personnelle ou collective.
Des répulsifs
peuvent être appliqués, sur la peau ou sur les vêtements.
Cependant, leur efficacité demeure limitée sur les acariens
; de surcroît, ils ne sont pas dénués de effets secondaires
indésirables.
Leur emploi ne dispense donc, en aucune manière, de respecter
les précautions
d'usage :
Depuis les recherches épidémiologiques de J.M. Doby [53]
la maladie de Lyme est inscrite au tableau français des maladies professionnelles
du régime général sous le numéro 19B, et
du régime agricole sous le numéro 5B. Depuis le début
de l’année 1999 la sérologie n’est plus exigée en ECM
patent.
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Un homme de 30 ans sans antécédents médicaux vient au cabinet se faire retirer une tique fixée à l’aine droite depuis sa promenade forestière de la veille. Il craint la maladie de Lyme et sollicite un traitement antibiotique. Que proposez-vous ?
Réponse :
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Quel facteur ci-dessous n’intervient pas dans la décision de placer un patient sous antibiothérapie ?
Réponse :
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Peut-on rencontrer des maladies de Lyme séro-négatives ? Pour quelles raisons ?
Réponse :
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Un homme de 55 ans exposé aux morsures de tiques présente une fièvre à 39°C associée à une thrombopénie à 140 Giga/L, à une leucopénie à 3,5 Giga/L et des ASAT à 60 UI/L. Quelles autres zoonoses transmises par les tiques doivent être envisagées dans le diagnostic différentiel de la maladie de Lyme en Lorraine ?
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Un femme de 40 ans habituée des promenades en nature présente une paralysie faciale gauche, elle n’a pas d’antécédents d’ECM. Peut-il s’agir d’une neuroborréliose ?
Réponse :
Dernière mise à jour : le 02 03 2008
Remerciements à G. Baranton