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Le
premier cas de suppuration cutanée secondaire à la morsure de
tique a été publié en Hongrie (A. Lakos, 1987). L'auteur
décrivait une lésion cutanée associée à
une adénopathie satellite, se distinguant très nettement d'une
borréliose de Lyme ; il supposait que ce tableau était lié
à une surinfection bactérienne. Après avoir observé
d'autres cas similaires, A. Lakos a entamé une enquête étiologique
à propos de ce syndrome, qu'il a nommé TIBOLA (pour TIck-BOrne
LymphAdenopathy, en raison des adénopathies accompagnant
habituellement les ulcérations cutanées). La publication du
premier cas de rickettsiose à R. slovaca (en France), décrivait
un syndrome identique qui a permis d'identifier de l'agent causal en 1997
[284].
En Espagne, JA Otéo propose DEBONEL pour DErmacentor BOrne
Necrosis ErythemaLymphadenopathy, selon lui, ce nom conviendrait
mieux, présentant le double avantage d'identifier le vecteur et d'éviter
la confusion avec EBOLA [295].
Plus tard le terme de SENLAT (pour Scalp Eschar and Neck
LymphAdenopathy after Tick bite) a été
proposé pour éviter un acronyme réducteur car différentes
infections transmises par les tiques peuvent se caractériser par escarre,
lymphadénopathie cervicale et fièvre [830, 1006,1140]...
La FBM était, jusqu'alors, la seule rickettsiose reconnue
en Toscane, les cinq premiers cas de Tibola viennent d'être publiés
en mai 2008 [519].
Pour la petite histoire, E. Raymondaud relate que des escarres causées
par une tique gris cendré avec des ponctuations brillantes
étaient déjà observées en France il y a plus d'un
siècle, notamment dans l'Indre (La Châtre), la région
d'Oradour-sur-Glane et le Périgord.
Il semble d'ailleurs que ces lésions étaient déjà
relativement fréquentes, mais négligées, en France comme
à l'étranger [819] ...
Rickettsia slovaca est en fait connue depuis 1968
(J. Rehacek), mais aucune pathologie n'avait pu lui être rattachée
jusqu'à la description du premier cas français.
Différentes études montrent une prévalence élevée
de la bactérie chez D. marginatus.
Le tiers des tiques s'avérant porteur, une surveillance systématique
doit être appliquée aux victimes de morsures de ces acariens
[519].
Il s'agit d'une rickettsie en bâtonnet, exhibant toutes les caractéristiques du groupe SFG. C'est une très petite bactérie, parasite cellulaire strics, qui pousse dans le cytoplasme des cellules hôtes. Elle posséde une structure de paroi proche de celle des bactéries à Gram négatif. Rickettsia slovaca est commune chez les Dermacentor sp européens, sa transmission transovarienne est établie [688,689].
Selon l'enquête de A Lakos réalisée sur
86 cas de Tibola, 26% avaient un immunoblot positif pour R. slovaca
[285, 290]. De son côté, l'amplification génique
ne confirmerait la responsabilité de R. slovaca que dans 50%
des cas.
Ce qui suggèrait que d'autres espèces de Rickettsia
pouvaient occasionner un tableau clinique de Tibola, les génotypes
RpA4 et DnS14 notamment. Le premier a été isolé chez
D. marginatus et D. reticulatus en Europe y compris en France,
le second l'a été chez D. nutallii en Russie orientale
et en Sibérie. Avec le DnS28, ces 3 génotypes ont été
regroupés au sein d'une seule et même espèce récemment
décrite sous le nom de R. raoultii [296,331,613,614].
La
Tibola survient généralement à la période froide
de février à mai et de septembre à novembre).
Les personnes mordues relatent généralement avoir fréquenté
l'habitat de Dermacentor marginatus, ou celui de D. reticulatus.
Quelques-unes se souviennent même avoir retiré une tique
de grande taille.
Cet Ixodidae vit en milieu ouvert et possède une diapause marquée
en été, qui explique la distribution
saisonnière des cas de Tibola [331].
Les Dermacentor adultes ont l'habitude de se placer en embuscade sur
des herbes hautes. D. marginatus est présent jusqu'à
des altitudes élevées (2500 mètres enToscane). Il est
actif dans une fourchette de températures s'étendant de + 4°C
à 16°C, ce qui explique les pics d'incidence de la Tibola durant
les périodes froides de l'année [519].
Les Dermacentor ont une préférence marquée pour
la fourrure, ou la chevelure humaine, pourrait expliquer qu'ils se fixent
le plus souvent sur de jeunes enfants à longue chevelure, et quelquefois
sur des femmes.
Pour information, R slovaca a aussi été isolée
chez Argas persicus en Arménie en 1974 (Rehacek et al,
1977), et chez R. sanguineus en Italie (Cacciapuoti et al, 1985),
ce qui ne préjuge en rien de leur capacité à transmettre
la bactérie.
R. raoultii a été détectée chez Rhipicephalus
pumilio et différentes espèces du genre Dermacentor,
notamment D. marginatus et D. reticulatus en France.
L'étude rétrospective de 98 cas cliniques survenus
en France pour 97 d'entre eux montre que 58,1 % des cas sont survenus entre
février et mai et qu'ils sont occasionnés dans 88,4 % des
cas par D. marginatus. Cette étude montre que R. slovaca
était impliquée avec certitude dans 57 % des cas, alors que
R. raoultii ne l'était que dans 8 %. La plus grande prévalence
de R. raoultii chez les Dermacentor sp européens suggère
qu'elle est probablement moins pathogène.
Deux patients des patients étudiés étaient co-infectés
par une fièvre Q aiguë [715].
Les
premiers symptômes apparaissent habituellement 9 jours après la
morsure de tique, cependant l'incubation peut durer de 24 heures à
55 jours.
Dans 8 cas sur 10, une lésion cutanée est observée au point
de morsure. Elle constitue même le premier signe clinique dans un tiers
des cas. Il s'agit d'une lésion d'abord maculeuse ou vésiculeuse,
puis nécrotique entourée d'une réaction inflammatoire pouvant
évoquer une érythème migrant par sa taille dès qu'elle
atteint 5cm de diamètre et plus [290]. Il lui arrive de suppurer
après quelques jours d'évolution ; dans d'autres cas, elle évolue
en simulant un hémangiome.
Comme les autres rickettsioses, la Tibola se traduit habituellement par une
leucopénie, une thrombopénie ou une élévation
modérée des transaminases (dans le quart des cas).
Il n'est cependant pas rare d'observer une élévation de la vitesse
de sédimentation ou une polynucléose neutrophile. Elles sont
consécutives à une surinfection, souvent par par Staphylococcus
aureus.

Les sérums doivent être testés en fonction de l'origine
géographique du prélèvement (Europe, Asie, Amérique
ou Afrique). C'est la raison pour laquelle ils doivent toujours
être accompagnés par une
fiche de recueil des renseignements épidémiologiques
et cliniques (fiche établie par le CNR des Rickettsia ; d'autres
fiches sont aussi disponibles sur son site http://ifr48.timone.univ-mrs.fr/Fiches/.
Ces sérums sont quantifiés en IgG et IgM.
Seuils de positivité utilisés au CNR des Rickettsia
(Marseille) :
* Infections à R. africae et R. slovaca : IgG >
64 et IgM > 32
Il est recommandé d'adresser un second sérum à 10-15
jours d'intervalle du premier, afin d'objectiver une ascension des titres,
ou une séroconversion.
Le diagnostic peut être confirmé par PCR.
Le traitement spécifique doit être instauré sans tarder, afin d’éviter toute issue fatale [67].
Différents
autres agents pathogènes transmis par la morsure de tique peuvent en
effet occasionner une tache noire ou une adénopathie.
Tous doivent entrer dans le diagnostic différentiel, en fonction des
informations épidémiologiques : Rickettsia conorii, R..
sibirica, R. helvetica, Bartonella henselae, B.
quintana, Francisella tularensis [1140] et Anaplasma
phagocytophila (pour plus d'informations voir les pages qui leur sont
consacrées).
Une co-infection par Borrelia burgdorferi est également possible.
Un
cas de leishmaniose se traduisant par une lymphadénopathie isolée
vient d'être identifié en Allemagne chez un homme de 38 ans ayant
voyagé dans le sud de l'Europe (Sicile et Espagne). Leishmania (Leishmania)
infantum pouvant être transmis par Rhipicephalus sanguineus,
ce diagnostic différentiel devrait donc dorénavant être
envisagé aussi dans le cadre d'un SENLAT [1052].
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Initialement la Tibola avait été supposée être
la conséquence d'une surinfection du site de morsure par Staphylococcus
aureus. Ce qui explique les échecs des traitements par azithromycine,
ou amoxicilline/acide clavulanique, toutefois 2 patients ayant reçu
du chloramphénicol avaient guéri.
Les Rickettsia sont sensibles à la doxycycline.
En cas de contre-indication à ce traitement, il est important de signaler
que comme R. massiliae, R. raoultii possède un gène
rpoB qui lui confère un caractère de résistance
à la rifampicine.
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Dernière mise à jour : le 11 08 2011