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Transplantation
La transplantation (ou greffe) est une intervention chirurgicale consistant
à remplacer un organe malade par un organe sain provenant d'un donneur.
Les
greffes les plus fréquemment réalisées concernent le
rein. On pratique aussi couramment des greffes de foie, de cur, de poumon,
de bloc cur/poumon, de pancréas et plus rarement d'intestin.
Récemment la presse a parlé de greffes composites de la main
ou d'une partie du visage;
ce sont des techniques encore au stade expérimental.
Il est également possible de greffer des tissus, qu'il s'agisse de
cornée, d'os, de valves cardiaques, de vaisseaux sanguins ou de moelle
osseuse.
Il s'agit généralement d'allogreffes,
ce qui implique que les complexes majeurs d'histocompatibilité du donneur
et du receveur diffèrent (CMH, HLA).
L'organisme receveur perçoit alors systématiquement
le greffon comme un corps intrus.
Il déclenche aussitôt une réponse immunitaire visant à
l'éliminer.
Pour éviter cette réaction de rejet, le malade doit absolument
suivre un traitement immunosuppresseur permanent, quelles que soient
les greffes, à l'exception des valves cardiaques et de la cornée.
Ce traitement expose à de nombreuses complications
iatrogènes :
Les transplantations en France
Ce type d'intervention n'est pas rare en France, puisque 4237 greffes d'organes
solides ont été réalisées en 2005. Un donneur
offre généralement plusieurs organes, 1371 sujets seulement
ont été prélevés durant cette période en
France [580].

Evolution de l'activité de prélèvement
de donneurs décédés en mort encéphalique :
Source: Agence de la Biomédecine Site
officiel
& Bilan
des activités de prélèvement et de greffe en France en
2007
Immunité
Maladies auto-immunes
Les maladies d'origine auto-immune relèvent,
elles aussi, des traitements immunosuppresseurs, avec les mêmes conséquences:
la polyarthrite rhumatoïde, la myasthénie grave, le lupus érythémateux
disséminé, la colite ulcérante...
Dans les formes sévères, le traitement s'appuie sur les bolus
de corticoïdes, les alkylants, parfois les échanges plasmatiques.
Dans les formes chroniques, il est nécessaire de recourir aux corticoïdes
par voie orale, aux inhibiteurs de calcineurine (ciclosporine), à lazathioprine
et au méthotrexate.
Immunodépression
L'immunodépression peut aussi s'acquérir
dans certaines circonstances :
Certaines
maladies à tiques (MVT) possèdent par elles mêmes, un
effet immunodépresseur : Immunosuppression
Les patients recevant des immunosuppresseurs annihilant
toutes leurs défenses immunitaires se trouvent dans une situation particulièrement
exposée...
Outre une majoration de la fréquence des cancers (de 5 à 6%),
ils risquent la survenue d'infections, souvent opportunistes, bactériennes,
virales, fongiques ou parasitaires.
Qu'elles soient en relation avec un greffon infecté, ou avec leur environnement
microbien.
Infection
Transplantation
L'infection demeure la principale cause de décès dans le premier
mois après transplantation. Le risque reste majeur durant les 3-4 mois
suivant la greffe.
Sa fréquence et sa gravité sont liées à l'état
immunitaire du patient, à son état préopératoire,
à la durée de l'intervention, ainsi qu'à l'immunosuppression
nécessaire [581].
Les complications
bactériennes affectent 40% des patients, ce sont le plus souvent des
pneumopathies et des septicémies.
Des infections
virales sont rapportées par HZV, CMV, VRS, EBV, Adénovirus...
Dix pour
cent des transplantés font une mycose systémique (Candida,
Cryptococcus, Aspergillus...).
Les
zoonoses potentiellement transmissibles par le donneur sont nombreuses
:
West Nile, Chikungunya, Toscana, Chagas, toxoplasmose, rage, brucellose, probablement
maladie de Creutzfeldt-Jakob (nvMCJ,
6 cas suspects, mais sans lien de cause à effet établi)...
La plupart des maladies à tiques peuvent être transmises,
de nombreux cas sont documentés.
Transfusion &
immunodépression
Dans l'attente de produits de substitution,
la transfusion de produits sanguins labiles (PSL) demeure une thérapeutique
incontournable, mais non dénuée de risques.
Le risque immunologique est de loin le plus préoccupant au niveau de
sa gravité et de sa fréquence. L'allergie, la surcharge volémique
sont des complications relativement fréquentes, lhémochromatose
et la réaction du réaction du greffon contre lhôte
semblent assez rares...
Le risque infectieux demeure cependant un problème majeur, sans doute
sous-estimé ces dernières années (bactéries, virus,
parasites ou prions). Il pourrait être évalué précisément
avec les premières données du réseau dhémovigilance.
Dans le domaine des MVT comme dans les autres, les transfusés sont
infectés par le sang d'un donneur asymptomatique [563,582].
Le risque est d'autant plus important que l'immunité du receveur est
fortement compromise...
Immunodéficients
Selon le degré de leur déficit, les immunodéficients
se montrent quant à eux plus ou moins vulnérables aux agents
pathogènes présents dans leur environnement [547].
Transfusion
La transfusion sanguine n'est pas une greffe.
Les éléments sanguins transfusés sont progressivement
remplacés par ceux du receveur.
Elle ne nécessite aucun recours à un traitement immunosuppresseur.
Toutefois les conséquences immunitaires de la transfusion sanguine
sont multiples.
Elles résultent de la stimulation allogénique (CMH), avec pour
conséquence une activation immunitaire dirigée contre les cellules
transfusées...
... Et une action dépressive de l'immunité dont les mécanismes
demeurent inconnus.
Parallèlement,
comme pour la greffe, le risque d'infection du receveur par un donneur
asymptomatique est bien présent :
Le donneur
peut ne pas avoir encore eu le temps de produire des anticorps. Le risque
résiduel résulte alors de cette "fenêtre sérologique".
Il peut être porteur
d'un pathogène ne faisant pas systématiquement l'objet d'une
enquête anamnestique ou d'un dépistage sérologique.
Il peut aussi être
porteur d'un pathogène inconnu.
Dans le domaine viral, les progrès
accomplis par la biologie moléculaire autorisent maintenant une réduction
de la fenêtre sérologique, sans toutefois la fermer totalement.
En effet, l'efficacité du dépistage de génomes viraux
(DGV) varie selon les virus. Le nombre de dons supplémentaires dépistés
serait en moyenne d'environ 60%. Schreiber suggère que la mise en échec
de cette méthode pourrait être en rapport avec la première
phase de la fenêtre sérologique qui en possède 2 :
Reste à préciser si la phase d'éclipse est une période contaminante pour l'homme...
La transfusion
en France
Selon le Rapport annuel 2002 de l'AFSSAPS "Le nombre de produits transfusés
par patient apparaît toujours comme une donnée dobtention
et dévaluation difficile, de même que le nombre total de
patients transfusés. Les "Rapports d'activité des CRH",
qui recueillent les données auprès de plus de 1 500 établissements
de soins qui transfusent, évaluent pour 2002 un nombre de patients
de l'ordre de 512 000 (527 000 en 2001). La France comptait
8,50 patients transfusés pour 1000 habitants en 2002, 8,32 en 2003.
Selon le dernier rapport paru (06/2008)"Durant l'année 2005,
les établissements de santé ont transfusé 459 680 patients,
nombre en diminution par rapport aux années précédentes.
En revanche le nombre de PSL par patient a légèrement progressé,
pour se situer en 2005 à 5.6.
Il est toutefois à rappeler, que comme les années précédentes,
ces données sont données à titre indicatif, car estimées
à partir de sources diverses et donc de nature hétérogène.
Au terme de la revue bibliographique
des complications infectieuses des transplantations et de la transfusion,
il apparaît que la plupart des pathogènes vectorisés par
les tiques appartiennent aux "Agents Transmissibles par Transfusion".
Ils sont donc susceptibles d'entraîner des accidents infectieux par
transmission directe.
La reprise des données
risquant d'être particulièrement
fastidieuse pour le lecteur, il a été choisi de présenter
les pathologies transmissibles sous forme d'un tableau
synoptique rassemblant l'ensemble des références bibliographiques.
Un hyperlien permet aux plus curieux d'accéder directement à
la page de
la pathologie concernée.
|
Remarques:
Contrairement aux MVT survenant après morsure de tique,
les contaminations post-transfusionnelles se singularisent par la possibilité de survenue des maladies hors de la période d'activité vectorielle, voire hors de leur aire de répartition habituelle [675]. |
Ces dernières décennies, suite à d'importants
changements dans son mode de vie, l'homme a largement accru son contact avec
avec la nature (voir Écosystème).
De "nouvelles" maladies à tiques n'ont pas tardé à
émerger (voir Émergences).
Les enquêtes séroépidémiologiques actuelles montrent
que la prévalence et l''incidence des MVT continuent à croître
tant dans la population générale que dans la population exposée.
À cette occasion, elles ont mis en évidence une importante proportion
de porteurs sains.
Pour
illustrer la proportion de cas asymptomatiques / cas cliniques, on peut se
rapporter utilement à la diapositive ci-contre (empruntée au
CDC).
La proportion et l'intensité des cas de maladie du West
Nile (WN) par rapport au nombre de cas asymptomatiques sont en effet
comparables à celles rencontrées dans la plupart des MVT évoquées
dans cette page.
Les donneurs de sang et d'organes appartiennent à
la même population, ils ne font l'objet d'aucune mesure particulière
concernant l'exposition aux morsures de tiques.
On peut en conclure qu'ils recèlent le même pourcentage de porteurs
asymptomatiques...
Différentes publications spécialisées
étrangères mettent bien en évidence l'importance de ce
risque de transmission directe des MVT [563,581,596].
Le recrutement des donneurs et l'absence de veille spécifique font
que les receveurs immunodéprimés, en France, constituent actuellement
des cibles toutes désignées pour développer ces maladies.
Il est donc nécessaire d'évaluer l'importance du risque.
Les quelques chiffres de prévalence disponibles permettent une première
évaluation.
Lyme.
Aucun cas transfusionnel de borréliose de Lyme n'a encore été
décrit, bien que la transmission soit théoriquement possible.
Par contre, des cas sont régulièrement publiés chez les
greffés. Dans la population générale, la prévalence
est comprise entre 3 et 5 %, elle atteint 25 à 30 % dans les populations
exposées que sont les bûcherons ou les forestiers [415,761].
Pour l'incidence annuelle se rapporter à la page maladie
de Lyme.
Tularémie
"Durant les 2 premières années de déclaration
obligatoire de la tularémie, un faible nombre de cas a été
notifié, représentant une incidence annuelle de 0,03 cas pour
100 000 habitants, sans doute sous-estimée. En effet, compte tenu
de la présence en France de la seule sous espèce F. tularensis
holartica, et de sa virulence modérée, il est vraisemblable
que tous les cas de tularémie nont pas été détectés,
soit parce que les formes les plus bénignes nont pas fait lobjet
dune consultation, soit parce quune partie des patients a été
traitée avec succès sans réalisation dexamens de
confirmation du diagnostic de la tularémie. Des cas diagnostiqués
ont sans doute aussi échappé à la notification."
Extrait du rapport de l'InVS concernant les
Cas
groupés de tularémie, Vendée 2004.
Rickettsioses
Pour la fièvre boutonneuse méditerranéenne, l' "incidence
estimée de l'ordre de 15 cas pour 100 000 habitants, ces données
exclusivement hospitalières sous évaluent sans aucun doute l'incidence
réelle de la maladie: un malade sur 3 - au grand maximum - serait hospitalisé.
Les complications seraient donc vraisemblablement aussi surévaluées..."
Extrait du site d'information du Centre
National de Référence des Rickettsies (accédé
17/08/08).
Cependant ces données doivent être considérées
avec prudence, car la sévérité varie selon les lieux
et les années. Par exemple, le taux de mortalité des FBM hospitalisées
atteignait 32,3 % dans le sud du Portugal en 1997, contre moins de 15 %
les années précédentes [600]. FBM
Il ne semble pas non plus y avoir de données épidémiologiques
précises pour les autres rickettsioses à tiques en France. Toutefois
la prévalence a été évaluée chez le vecteur
dans les pays voisins : 15 % pour R. helvetica chez I. ricinus,
et 15 % et plus pour R. slovaca chez D. marginatus
[585,586].
Centre National de Référence des Rickettsies (accédé
17/08/08).
Rickettsia raoultii (RpA4= occasionnant aussi des Tibola
(tick-borne lymphadenopathy) est très présente
dans le quart nord-est de la France.
Anaplasmose
granulocytaire humaine
La reconnaissance de l'émergence de l'anaplasmose est toute récente
en Europe.
Les données épidémiologiques la concernant sont encore
très limitées, notamment en France. L'enquête Meuse 2004
InVS-Pasteur montre cependant que 18 tiques sur 245 analysées étaient
porteuses d'Anaplasmataceae (Anaplasma phagocytophilum 2, Ehrlichialike
4, Wolbachia 2, Rickettsia proches de R. heilongjiangii
6, Eubacteria 3).
Une étude de plus grande envergure, menée de mai à septembre
2006 en Bavière, portant sur 2862 tiques examinées par PCR,
montre une prévalence moyenne chez les tiques bavaroises de 2,9%.
Chez l'homme, lintensité des formes symptomatiques de l'anaplasmose
est très variable.
En 1998, S. Dumler remarquait qu'un cas seulement dehrlichiose
sur 100 était diagnostiqué aux États-Unis, alors que
99 % restaient infra-cliniques ou mal identifiés (Dumler comm. perso.
09/10/98). C'est probablement le cas en France à l'heure actuelle.
Fièvre
Q
Le
Centre National de Référence des Rickettsioses de Marseille
indique que la séro-prévalence de la fièvre Q s'élève
à 5 % à Marseille, et qu'elle peut atteindre 30 % dans les villages
alpins. Une de ses études, conduite sur 942 donneurs
de sang publiée en 1995, a mis en évidence une séroprévalence
à 4,03 %, suggérant que le risque transfusionnel était
à considérer comme une possible explication de l'incidence plus
élevée de la maladie chez les patients immunodéficients,
les dialysés ou les drogués par voie injectable [598].
Les experts de ce même CNR
estiment la proportion de formes asymptomatiques à 60 %. Ils indiquent
d'autre part "La bactériémie est relativement prolongée,
jusquà quatre mois. Elle apparaît avant les éventuels
signes cliniques. Le niveau de la bactériémie en fonction de
la présence ou de labsence de signes cliniques, ou de leur gravité,
nest pas connu. Il suffit cependant dune bactérie pour
quil y ait contamination. La bactérie est présente dans
les monocytes-macrophages du sang, mais aussi dans le plasma suite à
léclatement de ces cellules". Estimation
quantitative du risque de contamination dun don de sang par des agents
infectieux
Pour conclure, selon D. Raoult la fièvre Q « est beaucoup
plus fréquente que certaines maladies bactériennes, pourtant
plus souvent recherchées et parfois à déclaration obligatoire»
[113].
Bartonellose
La maladie des griffres de chat (MGC) possède une incidence annuelle
de 9 à 10 cas pour 100 0000 habitants aux États-Unis [493],
alors que la prévalence globale danticorps anti-B.henselae
chez les chats y est évaluée à 28% [587].
Les données épidémiologiques françaises pour la
pathologie humaine sont peu nombreuses, plusieurs études vétérinaires
ont révélé une incidence de bactériémie
à B.henselae supérieure à 53% chez les chats errants
[588, 590], pourtant l'incidence moyenne n'est estimée qu'à
6,6 cas par an pour 100 000 habitants en France [589].
Babésiose
bovine et Babesia sp. EU1
Le principal réservoir de Babesia divergens
est constitué par les bovins. Dans l’ouest de la France, 22 000 cas
de babésiose bovine ont été recencés en Normandie
en 2 années (1970-1971). Les cas humains sont cependant rares, avec
40 cas publiés en Europe depuis que la maladie est surveillée
[589]. Toutefois, une étude séro-épidémiologique
chez des donneurs de sang de la région a montré une séroconversion
asymptomatique de 3 % [16].
La prévalence de Babesia sp. EU1, autre Babesia pathogène
pour l'homme, a été évaluée entre 23 et
26 % en France [472,755].
La sérologie ne permet pas de distinguer entre les 2 espèces
car il existe une réaction croisée
En l'absence de PCR systématique, certains cas attribués à
B. divergens pourraient en réalité être liés
à Babesia sp.EU1qui semble posséder une aire de répartition
plus vaste.
Babésiose
murine
La discrétion et le peu de spécificité de l'infection
à B. microti pourraient expliquer le peu de cas humains déclarés
sur l'ancien continent. Il se pourrait aussi que les souches européennes
soient moins virulentes que celles observées aux Etats-Unis.
Différentes
études européennes observent cependant des
taux d’infestation importants des micromammifères. Dans certains Länder
allemands, la prévalence humaine de la babésiose murine atteint
8 % dans la population générale, et de 13 à 18%
dans les populations à risque [145].
Comme on pouvait s'y attendre, un premier cas allemand de babésiose
murine transfusionnelle autochtone a été publié en 2007
(IJSTD-IX 2007), chez une patiente leucémique ayant reçu une
transfusion d'un donneur de sang asymtomatique [579].
De plus, l'effet imunosuppresseur de la babésiose facilite les coinfections.
Vingt trois pour cent des babésioses américaines
sont associées à la borréliose de Lyme [16,163-168],
ou à des ehrlichioses [16,164,165]. Dans le Sud-Ouest de
l'Allemagne, la séro-prévalence de la babésiose atteint
8 % chez les donneurs de sang, et 18,1% des patients en phase primaire de
la borréliose de Lyme [205]. Ces estimations ont été
récemment confirmées en Allemagne et en Suisse [203, 206,
662].
Méningo-encéphalite
à tiques
La France publie une dizaine de cas de méningo-encéphalite
à tiques par an, la prévalence de la maladie reste cependant
difficile à chiffrer en raison de la grande fréquence des formes
frustes ou pseudo-grippales, qui représentent au moins les trois quarts
des cas [127,128].
L'enquête séro-épidémiologique réalisée
en 1989 par la CCMA a toutefois mis en évidence des séroprévalences
inattendues dans l'est de la France, notamment dans les départements
de la Meuse et des Vosges [303]. Ces chiffres ont été
confortés en 1996, par l'enquête de la médecine préventive
de Lorraine, qui a trouvé une prévalence de 1,6 % sur un
échantillon de 1777 personnes [132]. Depuis cette époque,
des cas ont également été publiés en Haute-Savoie
en 2003 et un en Aquitaine en 2006 [119,464,465]. Lincidence
sélevant régulièrement au delà fontières,
en Allemagne (en Bade-Wurtemberg et en Bavière) [125,131] en Suisse
et en Italie, il est absolument nécessaire que la veille française
reste vigilante.
Infections
à virus Eyach
Tout comme le virus de la fièvre du Colorado dont il est très
proche, le virus Eyach se multiplie dans les érythrocytes humains [118,
502, 508,597]. Malgré son activité neuropathogène
pour l'homme, aucune étude épidémiologique n'a été
réalisée chez l'homme en France. Pourtant des anticorps ont
été retrouvés sur les cerfs de l’est du pays, et aussi
sur des chamois et des moutons sauvages. En Sarre, où les cas humains
sont nombreux, on suppose que les mulots et les campagnols pourraient constituer
le réservoir de virus [118]. La présence avérée
de ce virus en France rend la contamination par transfusion sanguine tout
à fait possible.
Fièvre
Hémorragique de Congo-Crimée
Le CCHFV progresse vers la partie occidentale de la Méditerranée,
dans un proche avenir il pourrait bien prendre pied en France à la
faveur du changement climatique et des modifications de notre mode de vie.
Les cas asymptomatiques sont fréquents, on les estime à 80 %.
Un cas clinique importé a été observé en novembre
2004 au CHU de Rennes, heureusement sans être suivi de la cascade d'infections
nosocomiales qu'on aurait pu redouter [389].
Gestion
française de la Fièvre Q
Dans les suites immédiates de l'épidémie
de Briançon, lAgence française du Sang (AFS) avait cessé
toute collecte et mis en quarantaine les produit sanguins issus de la région.
Un contrôle sérologique de la sérothèque des donneurs
avait été réalisé par le CNR, sur les dons effectués
depuis le début de lépidémie.
Sur
620 échantillons contrôlés, 93 étaient positifs
(séroprévalence de 15 %), dont 22 correspondaient à une
fièvre Q évolutive, possible ou probable (soit 3,5 %). Douze
témoignaient dune conversion récente (inférieure
à 2 ans) et 59 dun contact ancien. Les produits déjà
distribués avaient fait lobjet dune enquête : 11
patients avaient reçu une transfusion, dont 4 avaient pu être
contrôlés, tous négatifs. Les prescripteurs et les patients
transfusés, ainsi que le Laboratoire du Fractionnement et des Biotechnologies
(LFB), avaient été informés. Les collectes dans la région
de Briançon n'avaient été reprises qu'après quatre
mois dinterruption, en octobre 1996. Estimation
quantitative du risque de contamination dun don de sang par des agents
infectieux Groupe de travail Afssaps, EFS, INTS, InVS
Lors de lépidémie de la vallée de Chamonix, lEtablissement
français du sang (EFS) a repris les mêmes mesures. LAgence
Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé
(AFSSAPS) a réuni le 15 novembre 2002 un groupe dexperts afin
dévaluer le risque de transmission de C. burnetii par
les produits sanguins labiles (PSL), les médicaments dérivés
du sang (MDS) et les greffons, et de définir les mesures à prendre
pour toute nouvelle épidémie humaine survenant en France.
Le risque reposant essentiellement sur les donneurs asymptomatiques et en
labsence de critères spécifiques dexclusion et de
dépistage systématique efficace,
ce groupe a estimé que le risque ne pouvait pas être écarté.
il a recommandé :
Un
monocyte infecté, parmi quelques centaines d'un concentré de
globules rouges (CGR) déleucocyté, peut suffire en théorie
à contaminer un receveur. Un seul cas de transmission par des produits
sanguins labiles (PSL), a été décrit à ce jour,
mais 2 % au moins de la population de présentait une bactériémie
asymptomatique à Florac lors de l'épidémie de mai 2007
[815].
Gestion
française des autres MVT ?

À notre connaissance, les MVT autres que la coxiellose,
ne font l'objet d'aucune surveillance particulière dans les suites
de transfusions ou de transplantations en France.
Il est vrai qu'elles ne sont que transmissibles non contagieuses, et que par
là même, elles ne sont pas retenues comme des priorités
de santé publique...
Etat davancement des actions dans le domaine des zoonoses non alimentaires
après la démarche de définition des priorités
de 2001.
Dans un contexte où la grande majorité de la population française
se trouve peu ou prou exposée aux morsures de tiques, il ne paraît
ni possible ni souhaitable d'appliquer des mesures aussi drastiques
que celles mises en oeuvre pour la coxiellose..
Ces mesures aboutiraient d'ailleurs à supprimer toute collecte de sang
dans le pays...
Il n'est pas pour autant acceptable de méconnaître le risque
de MVT, potentiellement gravissimes, en constante progression sur notre territoire.
Les États-Unis possèdent une avance considérable dans
le domaine de la veille.
Les spécialistes de ce pays, confrontés à des pathologies
à tiques comparables aux nôtres, ont vite compris le peu d'efficacité
de l'anamnèse ciblée, et de la déleucocytation sur les
pathogènes trouvés dans les globules rouges... Selon les zones
à risque, les États appliquent une surveillance adaptée
pour la babésiose et le CTFV [597].
Biovigilance
La biovigilance consiste à surveiller les risques dincident et
les effets indésirables survenant chez un donneur vivant ou un receveur,
susceptibles dêtre liés à lutilisation de
ces produits ainsi quaux activités qui en découlent. Comme
l'hémovigilance, elle est basée sur le signalement et la déclaration
des incidents susceptibles dêtre liés aux éléments,
produits et activités relevant de la biovigilance.
Doit être exercée une vigilance concernant les éléments
et produits du corps humain, les produits, autres que les médicaments,
qui en dérivent, ainsi que les dispositifs médicaux les incorporant.
Lois de bioéthique de 1994 et 2004 (Art. L. 1211-7 et L. 1211-9).
La biovigilance est réglementée en France depuis 2003 (Décret
de biovigilance n°2003-1206 du 12 décembre 2003). Elle s'applique
aux organes, tissus ou cellules issus du corps humain, utilisés à
des fins thérapeutiques chez lhomme, ainsi que leurs dérivés
(préparations de thérapie cellulaire, dispositifs médicaux
incorporant les éléments et produits issus du corps humain utilisés
à des fins thérapeutiques chez lhomme, produits thérapeutiques
annexes).
Les infections opportunistes tiennent une large place
dans les suites de transplantations d'organes.
Les transplantés n'en risquent pas moins, comme tout un chacun, de
contracter d'autres infections qui doivent être envisagées systématiquement.
Les MVT sont au nombre de celles-ci, les prévalences observées
sur le terrain constituent une menace qui devrait conduire à une plus
grande vigilance française.
La grande diversité des agents pathogènes potentiels constitue
certes un gros problème de faisabilité.
Hémovigilance
LOrdonnance
n° 2005-1087 du 1er septembre 2005 élargit le domaine de compétence
de lhémovigilance. Désormais "lhémovigilance
a pour objet lensemble des procédures de surveillance et dévaluation
des incidents, ainsi que des effets indésirables (EI) survenant chez
les donneurs (EID) ou les receveurs (EIR) de produits sanguins labiles. Elle
porte sur lensemble de la chaîne transfusionnelle allant de la
collecte des produits sanguins labiles jusquau suivi des receveurs.
Lhémovigilance comprend également le suivi épidémiologique
des donneurs."
Le but de l'hémovigilance est d'aboutir à une utilisation raisonnée
de la transfusion, à une surveillance plus efficace des patients transfusés,
et à la traçabilité des produits sanguins.
Pour y parvenir, 2 examens:
Signalement d'incident transfusionnel

Tout incident transfusionnel doit être signalé au correspondant
dhémovigilance de létablissement de soin où
a eu lieu la transfusion. Guide
de remplissage de e-FIT
Une enquête transfusionnelle sera alors diligentée pour vérifier
l'information, puis si besoin, dépister déventuels anciens
donneurs porteurs du VHC méconnus.
Ces dernières années, ces mesures de prévention ont fait
considérablement diminuer la transmission virale des pathologies surveillées.
Le risque tend maintenant à se limiter au risque résiduel incompressible.
Selon le Rapport annuel 2005 de l'AFSSAPS,
le nombre moyen annel d'effets indésirables déclarés
s'élève à à 7638 cas.
[7557 incidents transfusionnels ont été déclarés
en 2004, et 6869 en 2005 pour 2 500 000 PSL distribués].
Cependant la sous-déclaration des incidents
français est estimée à 25 %, le peu de moyens alloués
et la lassitude des déclarants seraient en cause [599].
Depuis les années 90, différentes maladies
à tiques émergent en France.
Leurs incidences, vecteurs, et agents pathogènes, varient selon les
régions et les années.
Globalement, ces pathologies atteignent préférentiellement les
enfants, les plus de 50 ans et les patients dont l'immunité est défaillante.
Ces derniers représentent la majorité des cas graves, voire
des cas mortels.
Les adultes jeunes en bonne santé déclarent beaucoup plus rarement
des atteintes cliniques, et dans cette hypothèse, elles sont habituellement
bénignes.
Pour la plupart, ils développent des séroconversions asymptomatiques.
Les
donneurs de sang sont recrutés parmi les personnes en bonne santé
de 18 à 65 ans, appartenant à la même population.
Par rapport à la population générale, le sexe ratio des
donneurs est équilibré 1H / 1F.
En revanche, les donneurs sont plus jeunes que dans la population générale
34 % ont moins de 30 ans contre 25 % (F: 39 % et H: 29 %).
Les donneurs connus ont donné en moyenne 1,9 fois en 2005.
L'exposition aux morsures de tiques ne fait pas actuellement partie des critères
d'exclusion de l'Aptitude
au don de sang
Le
recrutement des donneurs de moelle est quasiment le même, si ce n'est
que les personnes transfusées et les personnes de moins de 45 kg n'en
sont pas exclues.
Pour le don d'organes solides, les sujets en état de mort encéphalique
subissent de nombreux examens biologiques, échographiques, scanno-graphiques.
Les antécédents médicaux et chirurgicaux, les habitudes
de vie sont examinés attentivement afin d'apprécier au mieux
la qualité des organes que l'on envisage de greffer...
Les pathogènes à tiques ne sont pas dépistés en
France à l'occasion des dons.
Tous sont des Agents Transmissibles par Transfusion... et par
Transplantation.
Leur prévalence est identique chez les donneurs et dans la population
générale.
Prévention
des dons infectés
Le
risque de transmission directe de MVT dépend de la prévalence
de l'ensemble de ces maladies parmi les donneurs et du nombre de dons de sang
et d'organes.
La prévalence de chaque maladie à tiques varie selon la présence
de son vecteur dans la région étudiée.
Globalement, pour les MVT étudiées, le nombre de cas asymptomatiques
est de l'ordre des 3/4 des cas.
Environ 2,5 millions de transfusions et plus de 4.000 greffes sont réalisées
annuellement en France.
De leur côté, les receveurs présentent le plus souvent
un état général précaire, voire une immunodépression
plus ou moins importante qui accroissent leur vulnérabilité
aux infections.
Les chiffres de prévalence donnés plus haut permettent d'évaluer
approximativement l'importance de l'exposition au risque de transmission directe
de MVT lors d'une greffe ou d'une transfusion.
En conséquence, il paraît nécessaire
d'envisager des mesures au niveau national pour :
Évaluer plus finement les risques :
Renforcer la prévention existante :
La généralisation de la déleucocytation
systématique des produits sanguins labiles est effective depuis le
1er Avril 1998. Cette mesure a amélioré très sensiblement
la sécurité transfusionnelle en limitant le risque de transmission
des pathogènes leucotropes, tels que les Herpesviridae et les
virus HTLV.
Elle présente l'avantage d'être efficace aussi contre les pathogènes
leucotropes transmis par les tiques (Anaplasma, Coxiella, Rickettsia
sp).
Cependant, il n'y a jamais de certitude en matière de sécurité transfusionnelle. L'ensemble de ces mesures ne suffira pas à éliminer totalement le risque :
En 2002, les experts considéraient que la plus grande menace transfusionnelle
était celle dun agent émergent donnant une infection chronique
chez les donneurs.
Le projet BOTIA (Blood and Organ Transmissible
Infectious Agents) a été
lancé pour répondre à cette
menace. Financé par le Conseil de lEurope, il vise à
constituer une biothèque et un observatoire européens des agents
transmissibles par le sang ou la greffe d'organes. Sept pays européens
y participent : lAllemagne, lAngleterre, la Belgique, lEspagne,
la France, lItalie et les Pays-Bas. L'objectif est de disposer d'une
biothèque européenne permanente d'échantillons de donneurs
et de receveurs de sang afin de pouvoir répondre rapidement aux problèmes
de sécurité transfusionnelle si un nouvel agent transmissible
apparaît.
Selon les dires mêmes de Ph. Rouger, Président de lInstitut
National de la Transfusion Sanguine, il n'est pas près d'être
opérationnel... Vidéo
Pratis. (01 09 2008).
Il est donc nécessaire que notre pays n'attende pas la mise en route
de ce système sentinelle européen pour se préoccuper
des risques émergents chez les donneurs français !

Pour plus d'information :
Voir le site de l'Institut National
de Transfusion Sanguine
AFSSAPS Rapport Hémovigilance 2002,
2003,
2005,
2006,
2007.
ANAES Indications
et contre-indications des transfusions de produits de santé labiles.
Site de l' Agence
de la Biomédecine
EFS http://www.dondusang.net/afficherAccueil.do?idRubrique=1
Journal officiel de l'Union européenne, 30.3.2004.
Directive 2004/33/CE de la Commission du 22 mars 2004 portant application
de la directive
2002/98/CE du Parlement européen et du Conseil concernant certaines
exigences techniques relatives au sang et aux composants sanguins.
Emerging
infectious disease agents and their potential threat to transfusion safety
[761].
Société Française de Vigilance et de Thérapeutique Transfusionnelle
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Dernière mise à jour : le 02 08 2009